Denys Bouliane

LA MÉMOIRE DES ÂGES: du "contemporain" dans l'art /
Le vin et la toile géante !

Bienvenue à MusiMars 2008 !

Toute musique qui a laissé une trace dans l'histoire a un jour été "contemporaine"! C'est avec cette assertion en apparence presque trop ... banale que j'aimerais vous inviter à l'édition 2008 de MusiMars.

WebPensons-y un peu: les musiques qui nous semblent transcender les époques et toucher au "quelque chose d'universel" en chacun de nous sont –paradoxalement– celles qui auront possédé le plus haut degré de "contemporanéité". Qu'est-ce-à-dire?

Selon sa définition stricte, est "contemporain" ce qui est "de son temps". Facile, me direz-vous... Mais qu'est-ce que, précisément, "être de son temps"? Il semble bien que les artistes significatifs soient doués d'une sensibilité particulière qui leur permette de percevoir de façon aiguë et de "distiller l'esprit du temps". Ils pourront s'en faire les témoins, les chantres ou les détracteurs, ils en réaliseront des miroirs grossissants, déformants, parallèles, qu'ils lisseront, peaufineront ou alors feront voler en éclats!

L'acte de création artistique procède d'un désir d'expression, de témoignage, avoué ou non, à divers niveaux de conscience, et a ceci de particulier qu'il implique l'échafaudage et l'élaboration de mondes imaginaires, parallèles, avec leurs logiques et leurs valeurs symboliques propres. Heureusement (!), la culture n'est pas simplement la nature... l'art n'est pas que calque de la réalité... L'art implique bien plutôt un processus de transposition, de distorsion; l'art "donne à voir", comme il donne à entendre, à sentir, à toucher, à comprendre, même...

Qu'est-ce qui "transpire" des oeuvres du passé que nous considérons comme faisant partie du patrimoine et que nous aimons conserver et revisiter? Fort probablement ces visions, impressions ou réactions fortes d'une époque, distillées, concentrées, corporisées et stylisées avec un pouvoir de conviction tel qu'elles peuvent potentiellement transcender leur réalité événementielle et chronologique.

À ce chapitre, MusiMars s'est toujours proposé –avec modestie mais conviction– d'appréhender l'acte musical comme geste symbolique signifiant. C'est-à-dire dans sa relation à sa culture, dans l'espace et dans le temps. C'est ainsi que nous avons suggéré au fil des diverses éditions plusieurs thématiques susceptibles de susciter des comparaisons, des recoupements et de faire ressortir la singularité de créateurs et de courants contemporains. La musique –comme le vin– est gorgée... de goûts et d'odeurs, certes, car elle transporte avec elle son terroir et son histoire ! Et c'est notre cher Ralph Waldo Emerson lui-même qui suggère l'analogie dans son poème Bacchus : "La musique et le vin sont un, raison et mémoire des âges !"

Ainsi – pour laisser la viti-culture et glisser vers l'agri-culture (puisque c'est de culture qu'il s'agit!) – l'artiste musicien significatif serait-il celui/celle qui contribue à l'engrangement de la Mémoire des Âges?

Et, si c'est le cas, par quel processus mystérieux "engrangons-nous" donc?

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Et voici qu'il nous faut glisser à nouveau : de l'agri-culture à ... "l'ondulo-culture" : la théorie ondulatoire de la culture!

Glissons donc.

Il me revient à l'esprit les discussions au studio de Ligeti à Hambourg au début des années 80 où la jolie métaphore de la "toile géante" nous fascinait. Imaginons un instant cette représentation de l'histoire des vivants : une immense toile d'araignée tridimensionnelle et infinie tissée au travers des espaces et des âges. Tous les êtres vivants y sont fixés et chacun "s'y est agité, s'agite et s'agitera" à sa façon. Certains s'agitent beaucoup, ils créent des vagues, des "ondes" sur la toile porteuse. Ces ondes se transportent dans toutes les directions spatio-temporelles et à l'occasion trouvent des relais (dans le sens électrique du terme), des multiplicateurs qui vibrent à la même fréquence et qui amplifieront, mo-duleront ou plus simplement réagiront au signal, créant euxmêmes de nouvelles ondes... Il est par exemple parfaitement possible de ressentir encore aujourd'hui les ondes (de choc ?) émises par un J.S. Bach. Après avoir fait vibrer à sa fréquence le milieu musical de son temps (avec l'aide de pas moins de deux épouses et vingt enfants, me direz-vous !), son onde a tout de même perdu quelque peu de vigueur au temps des caméralistes éclairés. À cette époque dite classique, les rapports de proportions et de hiérarchie de la texture du discours musical représentant une vision bien structurée de l'ordre social établi ont eu préséance sur la prolifération polyphonique et l'enchevêtrement des lignes individuelles. Signe des temps. C'est un peu plus tard que les romantiques ont redécouvert ce foisonnement "bacchien" (tant qu'à forger des néologismes, allons-y pour "bach-ique" !) et qu'ils se sont mis littéralement à "prendre le relais". Possible que l'exacerbation de la sensibilité individuelle qui leur est typique ait contribué à les rendre de nouveau réceptifs au foisonnements "bachiques" ! Et nous connûmes après cette incroyable "modulation de la fréquence bachique" dans la foulée des romantiques au cours de la première moitié du 20è siècle où le discours de Bach s'est enflé dans d'épaisses et vertigineuses constructions chorales et orchestrales (rappelons-nous Stokowski). Selon notre modèle "ondulatoire", les ondes de Bach ont alors été amplifiées et mo-dulées au gré de la sensibilité de l'époque. Suivra bien sûr l'épisode de la "Authentische Aufführungspraxis" (reconstitution authentique) d'après 1945 qui prétendit littéralement court-circuiter les modulations de fréquence opérées précédemment et se reconnecter aux ondes initiales du Cantor de Leipzig, celles-ci ayant été singulièrement brouillées entretemps! Notre petite métaphore de la toile, avec ses ondes et fréquences porteuses n'est peut-être pas si mal, après tout!

C'est donc dans cet esprit de "connectivité" spatio-temporelle presqu'électrique que MusiMars 2008 est né, me demanderez-vous? Certes ! Mais j'ajouterai que ces va-et-vients sur les ondes de la grande toile multidimensionnelle de l'histoire musicale donnent le vertige ! Un beau vertige, un vertige très près de celui que Bacchus nous propose à l'occasion. Culture, viti-culture, ondulo-culture, la tête nous tourne !

Vous êtes donc invités à goûter, à apprécier, à découvrir et évaluer les liens "ondulatoires" que les programmes de MusiMars proposent.

Voyons-y voir.

Qu'y a-t-il de commun aux compositeurs du 17è siècle Froberger, Frescobaldi et à leur fils spirituel "contemporain" Jean Lesage ? Le Stilo Fantastico du baroque tardif est l'art de l'exacerbation affective, de "l'affect" fluctuant et insaisissable, fruit d'une sensibilité en constance mouvance qui s'inquiète de son propre devenir à mesure qu'il advient. Cette relativité discursive, cet état de suspension permanente entre les couches d'ornementation du discours, cet incessant questionnement de soi sont-ils moins contemporains aujourd'hui qu'en 1640 ? Le "relais" Lesage pourrait-il au contraire nous faire mieux ressentir notre réalité en modulant son discours sur les ondes du baroque tardif ? Y aurait-il même là une "localité culturelle québéco-nord-américaine" à saisir ?

Y aurait-il un quelconque lien entre la personnalité changeante et complexe (on dirait aujourd'hui "cyclothymique" ou "bipolaire", comme Eusebius et Florestan...) d'un Schumann dans ses images poétiques et musicales, dans ses constructions souvent échevelées et instables et le discours étrangement introspectif et déroutant d'une pièce comme Rumore sui?

A quel point notre découverte "récente" (espérons le dé-colonisatrice) de la musique centreafricaine par des chercheurs de terrain comme Gerhard Kubik, Simha Arom et plus récemment Polo Vallejo (bienvenue à MusiMars !) a-t-elle influencé bien des créateurs occidentaux du nord? Musique Banda, musique de Tanzanie, entre autres. Peut-on en retrouver les traces chez les Steve Reich, György Ligeti et Polo Vallejo?

Peut-on retrouver les "vibes" de la musique traditionnelle de l'Inde dans une composition contemporaine? Qu'y découvre-t-on ? Comment actualiser et moduler la fréquence de ces ondes? Autant de questions abordées par le spécialiste Shawn Mativetsky – à bien des égards plus près des fréquences traditionnelles carnatiques que des électrochocs étincelants de la culture nord-américaine.

Et comment Sean Ferguson transige-t-il en termes contemporains avec la vieille idée à son époque (joli paradoxe) elle-même éminemment contemporaine de Gabrieli : la musique en tant qu'art de l'espace ! Symbiose donc le 4 mars des espaces acoustiques, historiques et géographiques, et qui trouvera son écho dans l'oeuvre d'Alain Lalonde le 7 mars qui nous propose elle aussi de projeter le sonore aux quatre coins de la salle.

Qu'entendrons-nous de "bach-ique" chez Ron Nelson ? Rencontre de sensibilités et de cultures tout aussi improbables et inusitées que la probabilité d'un parapluie et d'une machine à coudre de cohabiter sur une table de chirurgie, pour reprendre Max Ernst. Modulation de fréquence haut voltage ! Tentons de syntoniser nos appareils (je vous renvoie à notre mignon poster) !

Et comment le geste, "l'actionnisme" des Heather Hindman et Andrew Stewart extrapole-t-il à partir de notre usage de l'instrument musical ? Un instrument musical doit-il nécessairement avoir des cordes, des tuyaux, des touches, des claviers ? Quel onde les porte ? Quo vadis CIRMMT ? Dossier fascinant à suivre !

HornsVous connaissez le poème d'Alfred de Vigny qui commence ainsi ?

"J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois, Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille, Et que le vent du nord porte de feuille en feuille. [...] Ames des Chevaliers, revenez-vous encor? Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ? Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée !"

On attribue généralement au cor une couleur rustre "du fond des âges" un peu frondeuse mais souvent empreinte d'une vague nostalgie... (on l'entendra dans les extraits de la "canonique" messe de St- Hubert). Étaient-ce à ces échos lointains que se référait Ligeti dans son Concerto de Hambourg ? Quelles sonneries de départ hantaient donc son âme dans ce qui est sa dernière oeuvre d'ensemble achevée ? Le rappel des sonneries d'un autre âge procède-t-il d'une sensibilité devenant intemporelle ? Quelle troublante et superbe façon de se préparer à passer "entre les mailles de la toile"...

Martin Matalon a été très présent à Montréal ces dernières années, grâce à une série d'invitations rendues possibles par la Fondation Langlois. Nous avons joué sa musique, nous y avons vibré, et nous avons appris à apprécier sa façon très personnelle de conjuguer et réactualiser les influences qui l'ont nourri. Car c'est à un manipulateur de la toile que nous avons affaire ! Surfant sur les ondes des rythmes et agogiques argentins (un "esprit de danse" de même que des lignes ouvertement lyriques y perdurent ; ses musiques pour Metropolis et Un Chien andalou en sont de bons exemples), il se laisse également porter par la culture nord-américaine (son séjour à Juilliard) dont il sent encore les ondes jusqu'à Paris où il est installé depuis près de 15 ans. Même si plusieurs de ses oeuvres récentes font preuve de préoccupations plus abstraites comme les oppositions entre temps suspendu et temps pulsé, les contrastes de registres et de textures, un "drive" bien particulier imprègne sa musique. Comme quoi "l'onde porteuse" demeure, même très savamment modulée, comme en témoignera sa toute dernière oeuvre donnée en création La Makina !

Martin nous pardonnera la mise en relation un peu ironique (on taquine ceux qu'on aime !) de La Makina avec la célébrissime Bachianas brasileiras No.5 du brésilien Villa-Lobos! Voyons voir ce qui pourrait les relier, au-delà de la simple proximité de leur géographie d'origine...

Au même concert nous pourrons entendre comment Gilles Tremblay transige avec "l'altérité" dans Cèdres en voile. Issue d'un cri du coeur à l'occasion des événements dramatiques entourant le Taif Agreement de 1989 au Liban en pleine guerre civile, l'oeuvre n'en recourt pas moins à la monodie grégorienne mais teintée de micro-intervalles plus "orientalisants". Musique qui tisse des liens au-delà des âges et des cultures sur la grande toile des souffrances humaines.

Julian Anderson pour sa part renoue de façon très ouverte avec les ondes d'un passé lointain, celles du goût subtil et exquis de l'Ars Subtilior de la fin du quatorzième siècle. Cette appellation (l'art le plus subtil) date elle-même des années 1960 (l'expression est de la musicologue Ursula Günther); est-ce à dire que ces ondes venues de la fin du Moyen-âge aient eu besoin d'être "nommées" avant que nous puissions pleinement les goûter et y vibrer ? Pour reprendre Umberto Eco : Une rose serait-elle une rose si elle n'en portait pas le nom ? Quoi qu'il en soit Anderson s'est inspiré du fameux manuscrit Les Très Riches Heures du Duc de Berry constitué autour de 1410. Ce Livre des heures est le plus célèbre de l'époque: "le roi des manuscrits enluminés". Il constitue un recueil de plus de 200 pages (textes, dessins et enluminures) illustrant dans toute leur splendeur mythique les canons de la foi judéo-chrétienne. Anderson réalise une "connection synchronique trans-médiale" (permettez-moi cette élucubration, c'est... Cordier Heart"bachique") des ondes de l'époque: il associe directement ce Livre des heures à la musique de l'Ars Subtilior. Et cette association est parfaitement plausible, car les manuscrits musicaux des Cordier, Perusio, Solage, Senleches ou Ciconia constituaient souvent euxmêmes de véritables et complexes "pièces pour l'oeil", tout autant visuelles que musicales. On se rappellera le fameux canon circulaire de Cordier ou la pièce littéralement en forme de harpe de Senleches. Les Codex de Chantilly et de Modena en regorgent d'exemples. Au pur plan sonore, ces musiques sont caractérisées par une grande richesse et complexité rythmique et métrique; les métriques alternent souvent de façon inopinée entre binaire et ternaire, elles se superposent également en poly-rythmes et polymétriques. Une grande vivacité est souvent inhérente à leur caractère. Anderson a bel et bien ressenti ces mouvances ondulatoires comme en témoigne son Book of Hours. L'oeuvre crée dès le départ un contexte presque intemporel en suggérant des volées de cloches dématérialisées, sorte de signal d'entrée dans un passé imaginé. Des gestes de danse s'animeront bientôt, ils seront comme portés sur une scène virtuelle où ils s'enchevêtreront et solliciteront notre mémoire et notre capacité de les reconnaĆ®tre aux détours d'une construction dynamique d'une grande plasticité. L'esprit de l'Ars Subtilité, insaisissable dans sa fugacité, semble toutefois s'agiter, comme animé par les sollicitations ondulantes d'Anderson.

La musique de Claude Vivier occupe une place importante à MusiMars. Le programme de la SCMQ y est presqu'exclusivemement consacré et nous nous en réjouissons fort.

Je vous encourage à lire l'excellent texte de Patrick Lévesque intitulé Introduction aux techniques compositionnelles de Claude Vivier dans notre cahier pédagogique, qui traite plus spécifiquement des Trois airs pour un opéra imaginaire. Vivier est mélodiste, on le sait bien. Mais ce que nous savons moins c'est que tout son matériau musical est dérivé du contrepoint entre la mélodie principale et la ligne de basse (la dyade). Il s'agit ici d'une économie extrême de moyens qui permet de générer un matériel mélodico-harmonique d'une grande richesse et flexibilité: une sorte de génération "sui generis" de la syntaxe et de la forme. La force d'expression de la musique de Vivier tient souvent à l'extrême conséquence de son discours. La forme de ses oeuvres elle-même découle des potentiels de la mélodie et de ses dyades. Au plan de la scansion, les lignes de Vivier ont toujours quelque chose de rituel, d'ostentatoire, voire même d'obsessionnel. Les cellules sont répétées, variées, elles cheminent bientôt dans l'espace synthétique modal. Et c'est cet aspect de la scansion des contours mélodiques que nous avons voulu mettre en évidence en jumelant les Trois airs... à une prestation exceptionnelle de chant grégorien sous la direction de Dom Richard Gagné. Tout à fait intuitivement (de visu!), nous pourrons réaliser à quel point les divisions agogiques et rythmiques des 2e et 3e Airs sont près de celles du chant grégorien, tel qu'admirablement pratiqué par Dom Gagné.

On a beaucoup parlé de la sensibilité particulière de Vivier. Notre culture continuera probablement encore longtemps tantôt à l'ignorer, tantôt à l'utiliser à qui mieux mieux, sans malheureusement toujours suffisamment de discernement. Mais c'est peut-être en tentant de situer Vivier sur "la grande toile"–au carrefour de ses influences et de son originalité propre– que nous pourrons un jour mieux saisir son importance. Chantre de l'intériorité, issu d'un contexte et d'une époque où la sensibilité et la sensualité ne pouvaient s'exprimer facilement au grand jour (vous vous rappellerez la fameuse dénomination "les orphelins de Duplessis"), possesseur d'une spiritualité d'un haut niveau mais ballotté entre un Québec musical pour lui par trop complaisant (il me l'a répété maintes fois) et une Europe trop condescendante, il demeure l'artiste de la quête, de la quête de son individualité et de sa culture. Et cette quête impossible s'est transposée dans la construction d'un univers musical riche et trouble, simple dans son expression mais complexe dans sa facture. D'aucuns auront facilement lancé les mots de génie ou de héros. Peut-être auront-ils eu raison. Mais pour ma part je nous souhaite plutôt d'essayer de ressentir et de comprendre cette oeuvre, d'en peser les grandeurs et les faiblesses. C'est une oeuvre ancrée dans un terreau imaginaire et qui nous concerne et concernera par sa puissante symbolique et sa force d'expression. La comprenant mieux, peut-être notre culture s'approchera-t-elle... de "l'ondulo-culture" : la théorie ondulatoire de la culture, celle quiessaie de donner du sens !

Je ne peux m'empêcher de souligner pour cette 4e édition de MusiMars la participation vraiment extraordinaire de si nombreux jeunes musiciens et musiciennes de l'École Schulich, de même que de tant de mes collègues qui ont a coeur de porter un message musical signifiant. Merci à nos invités, interprètes, compositeurs, conférenciers.

Merci également à notre équipe de production engagée et généreuse, à l'infatigable Bureau des Concerts et Publicité; merci à nos collaborateurs comme la SCMQ ainsi qu'à CBC qui continue à prolonger nos activités dans le medium des "ondes". MusiMars, comme son nouveau logo l'indique, se veut une porte ouverte–si modeste soit-elle–, une ouverture sur la grande toile des âges et des espaces, au fil des sensibilités et des découvertes.


À très bientôt,
Chaleureusement,

Denys Bouliane
Directeur artistique de MusiMars
Professeur de composition /
Directeur de l'Ensemble de musique contemporaine de McGill
École de musique Schulich de l'Université McGill

Denys Bouliane

MEMORY OF AGES: The "Contemporary" in Art /
Wine and the Gigantic Web !

Welcome to MusiMars 2008 !

All of the music that has left its imprint on history was once "contemporary!" With this almost... banal statement, I would like to introduce to you the 2008 edition of MusMars. Just think for a moment: the music that seems to us to transcend its era and to approach the "universal" in each of us is, paradoxically, the same music that in its time would have been considered "contemporary" in the extreme . But what does this really mean?

WebStrictly speaking, the "contemporary" is that which is "of one's own time." Easy enough, you say...

But what, exactly, does it mean to be "of one's own time?" It seems that artists of lasting significance are endowed with a unique sensitivity that allows them to perceive clearly and thus to "distil the spirit of the age" in their works. Their reactions can be those of witnesses, poets, or critics, and their creations are like fun-house mirrors that deform what they reflect, which are themselves smoothed out, perfected in every detail, or even smashed to pieces!

An act of artistic creation arises from the desire for expression, for testimony, explicit or not, at many levels of consciousness, and its special quality is to draw upon the scaffolding and the architecture of imaginary parallel worlds, with their own logic and symbolic values. Fortunately (!) culture is not limited to nature... art is not just a carbon copy of reality... Rather, art involves a process of transposition, of distortion; art "invites us to see," as it invites us to listen, feel, touch, even to understand...

What do the works of the past "exude" that makes us consider them as a part of our heritage that we want to preserve and revisit? Most likely, these visions, impressions, or strong reactions of an era are distilled, concentrated, embodied, and stylized with such power of conviction that potentially they transcend their chronological, event-based reality.

MusiMars continues to pose the challenge, with modesty but conviction, to experience the musical act as a significant symbolic gesture in relation to its culture, in space and in time. So, over the course of many seasons, we have presented themes that tend to elicit comparisons and correlations, and to highlight the uniqueness of contemporary creators and trends. Music, like wine, is brimming... with tastes and smells, naturally, since it carries within itself its own terroir and history! It is our own Ralph Waldo Emerson who suggests the analogy in his poem Bacchus: "Wine which music is; Music and wine are one...The memory of ages quenched!"

So, to leave viti-culture and turn towards agri-culture (since it is about culture, after all!), would an emblematic musical artist be one who contributes to "harvesting" and storing the Memory of Ages?

LinesAnd, if this is the case, by what mysterious process do we "harvest" and store ourselves away?

Suddenly we are turning away again: from agriculture to... "wave-culture," the oscillatory theory of culture! Here we go.

What comes to mind are the discussions we had in Ligeti's studio in Hamburg at the beginning of the nineeteneighties where the metaphor of the "giant web" fascinated us. Imagine for a moment the following representation of the history of living beings: an infinite multi-dimensional spider web woven across space and time. All living creatures have a place in it and each one "is shaken, shakes, and will shake" in its own way. Some are very active; they create waves, "ripples" in the web. These ripples carry in all directions in space and time and on occasion pass through relays (in the electrical sense), multipliers that vibrate at the same frequency and that amplify, modulate, or simply react to the signal, themselves creating new waves... It is, for example, perfectly possible to feel even today the waves (shock waves?) made by J.S. Bach. After making the musical world of his time resonate at his own frequency (with the help of no fewer that two wives and twenty children, you will say!), his wave nevertheless lost somewhat of its energy with the onset of enlightenment cameralism and its techniques of organization. In that era, referred to as classical, the relationship between the proportion and the hierarchy of the texture of musical discourse represented a structured vision of an established social order and took precedence over spreading polyphony and interlocking individual lines. Signs of the times.

It was only somewhat later that the Romantics rediscovered this "bacchic" explosion (as long as we're making neologisms, why not "bach-ic?") and they set-to, literally taking up where Bach stopped. Possibly the exacerbation of individual sensitivity that is so typical of the Romantics left them susceptible to "bachic" proliferation! And after, we continue to see this incredible "modulation of the bachic frequency" in the Romantic impulse continuing into the first half of the twentieth century, when the discourse on Bach grew into thick and dizzying choral and orchestral constructions (think Stokowski here). In terms of our "ripple" model, the waves of Bach were amplified and modulated according to the prevailing aesthetic of the time. Later, of course, came "Authentische Auffürungspraxis" (authentic performance practice) after 1945, which presumed literally to short-circuit the frequency modulations instituted earlier and to reconnect itself to the Cantor of Leipzig's original frequencies, though these had been completely scrambled since! Our little web metaphor, with its waves and carrying frequencies might not be so bad after all!

Is it from this almost electric spirit of space-time "connectivity" that MusiMars 2008 springs, you will ask? Absolutely! But, I would add that these comings and goings on the waves of our great multidimensional web of music history may induce vertigo! A good kind of vertigo, a dizziness very close to the one that Bacchus offers from time to time. Culture, viticulture, wave-culture, it makes our heads spin! So you are invited to sample, appreciate, discover and evaluate the "oscillatory" relationships that MusiMars proposes.

Let's see.

What do the seventeenth century composers Froberger and Frescobaldi have in common with their "contemporary" spiritual heir Jean Lesage? The Stilo Fantastico of the late Baroque is an art of fine-tuned emotion, of fluctuating and ineffable "affect," the fruit of a restless sensitivity that questions its very self as it unfolds. This discursive relativity, this state of permanent suspension between layers of ornamented discourse, this ceaseless self-examination–are they less contemporary today than in 1640? Could the Lesage "relay" in fact show us reality more clearly by modulating his discourse according to the waves of the late Baroque? Could there be, right there, a "Québecois-North American cultural specificity" to grasp?

Could there be some kind of link between the changeable and complex personality (today we would say bipolar or manic-depressive, like Eusebius and Florestan...) of a Schumann, with his poetic and musical images, his wild and unstable constructions, and the strangely introspective and unsettling discourse of a piece like Rumore sui?

How much has our "recent" discovery (hopefully a de-colonising one) of central African music by researchers like Gerhard Kubik, Simha Arom, and more recently Polo Vallejo (welcome to MusiMars!) influenced many Western, Northern artists? Banda music and Tanzanian music, among others. Might one find such traces in Steve Reich, György Ligeti, and Polo Vallejo?

Could one feel the "vibe" of traditional Indian music in a contemporary composition? What would we find in it? How could these frequencies be actualized and modulated? Such questions are addressed by specialist Shawn Mativetsky – in many ways closer to the frequencies of traditional Karnatic music than to the sparkling electroshocks of North American culture. And how does Sean Ferguson transition in contemporary terms with the old idea of his time (a clever paradox) itself eminently contemporaneous with Gabrieli: music as a spatial art! A symbiosis results on March 4th between acoustic space, history, and geography, which will echo on March 7th in the work of Alain Lalonde, which projects itself to the four corners of the concert hall.

How can we understand the "bach-ic" in Ron Nelson? A confluence of sensibility and of culture as improbable and unusual as the likelihood of finding an umbrella and a sewing machine together on an operating table, to paraphrase Max Ernst. High voltage frequency modulation! Let's tune our radios (take a look at our nifty poster)!

How does the gestural "actionism" of Heather Hindman and Andrew Stewart extend our standard uses of musical instruments? Does a musical instrument necessarily have strings, pipes, keys, keyboard? What wave carries them? Quo vadis CIRMMT? Fascinating case studies!

Perhaps you know the poem by Alfred de Vigny that begins:

"I love sound of the horn, of an evening, in the deep woods Whether it sings the complaint of the deer at bay Or the farewell of the hunter whom its distant echo welcomes And that the North wind carries from leaf to leaf [...] Souls of knights/horsemen, are you returning? Will you speak with the horn's voice? Roncevaux! Roncevaux! In your dark valley The shade of the great Roland finds no consolation!"

HornsFor us, the horn generally implies a touch of "ancient" rustic simplicity, a bit contradictory but often stamped with a vague nostalgia... (we will hear it in the excerpts of the "canonic" St. Hubert mass). Were these the far-off echos that Ligeti heard in his Hamburg Concerto? What farewell peals haunted his soul in this, his final finished ensemble work? Does the recollection of sounds from another time stem from sensibilities becoming trans-historical? What a superb and troubling way to prepare one's self to slip "between the strands of the web..."

Martin Matalon has been very present in Montreal in recent years, thanks to a series of invitations and commissions made possible by the Langlois Foundation. We have played his music, it resonated with us, and we have come to appreciate his very personal manner of manipulating and revisiting the influences that sustain it. Now we're dealing with a true manipulator of our web! Surfing on the waves of Argentine rhythms and accents (a "spirit of dance" and overt lyricism endure, his music for Metropolis and Un chien andalou are great examples), he allows himself to be carried equally by North American culture (his time at Juilliard). Even in Paris he still feels the impact of its waves fifteen years later. Although many of his recent works are proof of his most abstract preoccupations, like the oppositions between suspended and marked time, contrasts of registers and textures, his music is infused with a very personal "drive." So the "carrier wave" remains, very suavely modulated, as his very latest work, La Makina, will bear witness!

Martin will hopefully excuse the somewhat ironic juxtaposition (what's a little leg-pulling between friends?) of La Makina with the ultra-celebrated Bachianas Brasileiras No. 5 by the Brazilian Villa Lobos! Now what could the connection be, beyond the simple proximity of their originating geographies...

In the same concert we will hear how Gilles Tremblay mediates with "otherness" in Cèdres en voile. A cry from the heart on the occasion of the dramatic events surrounding the Taif Agreement of 1989 in a Lebanon torn by civil war. Nevertheless this work leans not a little on Gregorian monody, but coloured by "orientalizing" micro-tonal intervals. It is a music that weaves together eras and cultures in the great web of human suffering.

Duc BerryJulian Anderson, for his part, ties together the waves of a distant past, those of the subtle and exquisite taste of the Ars Subtilior from the end of the fourteenth century. This name (the more subtle art) dates from the nineteen sixties (it was coined by the musicologist Ursula Günther); is this to say that these waves from the late Middle Ages need to be "named" before we can taste them fully and vibrate in symphathy with them? To paraphrase Umberto Eco: would a rose be a rose if it had no name? However that may be, Anderson borrowed inspiration from the famous manuscript Les Très Riches Heures du Duc de Berry, assembled about 1410. This book of hours is the most famous of its time: "the king of illuminated manuscripts." It is a collection of more than two hundred pages (texts, drawings, and illuminations) illustrating in all their mythical splendour the canonic teachings of the Judeo-Christian faith. Anderson creates a "synchronic trans-medial connection" (allow me this rather arcane... "bachic" turn of phrase) between the waves of the period: he associates this book of hours directly with the music of the Ars Subtilior.

Cordier HeartAnd this association is perfectly plausible, since the musical manuscripts of Cordier, Perusio, Solage, Senleches, or Ciconia themselves are often complex "eye music," as visual as they are musical. One recalls Cordier's famous circular canon, or the piece by Senleches that is literally in the form of a harp. The Chantilly and Modena codices are bursting with examples. On the purely sonorous side, this music is characteristically rich in rhythmic and metrical complexity; metres often change unexpectedly between binary and ternary, and the result is not infrequently polyrhythm and polymetre. The character of the music is thus inherently lively. Anderson has unmistakably sensed these undulations, as his Book of Hours attests. The work creates from the start an atemporal context suggesting ranks of disembodied bells, in a way signalling the entrance to an imagined past. Soon begin dance-like movements, as though carried onto a virtual stage where they intertwine and call upon our memory and our capacity to recognize them within a highly plastic and dynamic construction. The spirit of the Ars Subtilior, ineffable and elusive, seems to move as though animated by Anderson's oscillating solicitations.

The music of Claude Vivier occupies an important place in MusiMars 2008. The program of the SMCQ is almost entirely dedicated to him and for that we are very pleased. I encourage you to read the excellent article by Patrick Lévesque entitled "Introduction aux techniques compositionnelles de Claude Vivier" in our pedagogical book, which deals specifically with Trois Airs pour un opéra imaginaire. As we all know, Vivier was a real melodist. But is not as well known is that all his musical material is derived from a counterpoint between the principal melody and the bass line (the dyad). Here, an extreme economy of means allows for the generation of melodic-harmonic material of great wealth and flexibility: a formulation sui generis in syntax and form. The force of expression in Vivier's music relies upon the extreme consequence of his discourse. The form of the work itself is derived from the very nature of the melody and its dyads. The lines of Vivier are always something of a ritual, ostentatious, and at times even obsessive. The cells are repeated and varied; they journey all the while through a synthetic modal space. And it is the aspect of agogic stresses of melodic contours that we wanted to highlight by pairing Trois Airs... with an exceptional presentation of Gregorian chant under the direction of Dom Richard Gagné. Absolutely intuitively (you'll see it de visu!), we can appreciate at which point the agogic and rhythmic divisions of the 2nd and 3rd Airs are aligned with those of Gregorian chant, according to the admirable practice of Dom Gagné.

We often speak of Vivier's particular sensibility. Our culture will probably continue sometimes ignoring it, sometimes leeching from it more and more, without, unfortunately, always giving it a sufficient amount of discernment. But it is perhaps in attempting to situate Vivier in the "great web"– at the crossroads of his influences and his own originality–that we can one day better appreciate his importance. A bard of interiority, sprung from a context and epoch where sensibility and sensuality were not easily expressed in broad daylight (one may recall the famous moniker "Duplessis Orphans"), possessor of a high level of spirituality, tossed between the complacency–in his eyes– of Québec (which he repeated to me many times) and the condescendence of Europe, he remains an artist on a quest for his own individuality and culture. And that impossible quest is transposed in the construction of a rich and troubled musical universe, simple in its expression, but complex in its composition. Some will have too easily tossed into the air the words "genie" or "hero". They may be proven right. But for my part, I wish for us to really try to feel and understand his work, in weighing its strengths and weaknesses. It is a work rooted in an imaginary soil and which concerns us, and will continue to concern us for its symbolic power and its force of expression. Understanding Vivier better might bring our culture to approach ... the "wave-culture": the oscillatory theory of culture, the one that tries to lend meaning!

For this fourth edition of MusiMars, I cannot help but underline the truly extraordinary participation of a number of young musician of the Schulich School of Music, and that of so many of my colleagues who share a belief in carrying a significant musical message. Thank you to our invited performers, composers, and lecturers. Thanks also go to our production team, always engaged and generous; thanks to the indefatigable Office of Concerts and Publicity; thanks to our collaborators at the SMCQ; finally, thanks to the CBC, which continues to disseminate our ideas through the medium of the "waves". MusiMars, like its new logo indicates, is like an open door–however modest–an opening into the gigantic web of time and space, into which we are led by our sensibilities and discoveries.

See you very soon!

Warmest regards,

Denys Bouliane
Artistic Director of MusiMarch
Professor for Composition / Director of the McGill Contemporary Music Ensemble
Schulich School of Music, McGill University