GABRIELI


Antiphonal Music

Avant l'invention des casques d'écoute stéréo, il y avait Andrea Gabrieli. Le compositeur vénitien a été l'organiste attitré de la basilique Saint-Marc (de 1566 jusqu'à sa mort en 1585) et c'est dans ce lieu qu'il a mis à profit, de façon novatrice, l'énorme espace physique dont il disposait. En plaçant ses nombreux chanteurs de talent en opposition (face-à-face), il a cherché à mettre en valeur l'unidirectionnalité du son. Son Magnificat (1587, posthume) pour douze voix en est un exemple éloquent : Gabrieli a composé, pour ses trois groupes à quatre voix, une imitation polyphonique caractéristique, mais une imitation pour les groupes, pas pour les éléments au sein des groupes! Son imitation spatialisée fonctionnait également avec des instrumentistes, mais le Magnificat de Gabrieli met en lumière l'aptitude du compositeur à accentuer l'importance du texte grâce à ce son stéréo du XVIe siècle. Un ténor, seul, entonne le premier mot, Magnificat, puis il est suivi par le groupe qui chante le plus bas. Les trois groupes implorent la personne qui écoute de prêter attention à ecce enim (le premier à résonner). « Désormais », clament-ils, « tous les âges me diront bienheureuse. » Ce moment annonciateur et l'intonation solo représentent les deux amplitudes extrêmes dont est capable cet instrument qu'est le choeur.

Before stereo headphones, there was Andrea Gabrieli. The Venitian composer was the permanent organist at the church of San Marco (from 1566 until his death in 1585) and there he pursued novel uses of that enormous physical space. By placing his many talented singers in opposing (or facing) positions, he sought to harness the directionality of sound. His Magnificat, (1587, posthumously) for twelve voices is a clear example: for his three groups of four voice-parts Gabrieli composed characteristic polyphonic imitation–but imitation among the groups, not individuals! His spatialized imitation succeeded with instrumentalists as well, but Gabrieli's Magnificat demonstrates his capacity to accentuate the significance of the text with his sixteenth-century variety of stereo sound. A lone tenor intones the first word, Magnificat, followed by the lowest group of singers. The listener is entreated by all three groups to pay attention at ecce enim (the first such echoing). "Behold!" they exclaim, "all generations shall call me blessed." This heralding moment and the solo intonation represent two amplitude extremes of this very capable instrument, the chorus.

-Michael Ethen