GREGORIAN CHANTING


À première vue, le genre peut sembler extrêmement hétéroclite. Si l'on remonte jusqu'à l'époque où il a commencé à être écrit, le chant grégorien se rapporte toujours à des rites comme les rites ambrosien (Milan), byzantin (Istanbul) ou mozarabe (Espagne), ce qui met en lumière les diverses traditions de cette musique qui s'est répandue il y a des siècles dans toute l'Europe occidentale, en Afrique du Nord et dans les ïles Britanniques. Problèmes de notation et de géographie mis à part, ce que le chant grégorien met en évidence est simple : Il s'agit d'organiser la voix d'un certain nombre de personnes afin de créer des sonorités particulières qui tirent parti de l'acoustique du lieu et visent à véhiculer un message particulier. Le chant est tantôt mélismatique, autrement dit chaque voyelle est prononcée sur un grand nombre de notes, tantôt syllabique (chaque syllabe est prononcée sur une note). Un type particulier de chant syllabique, le récitatif, est obtenu en chantant les syllabes du texte sur une seule note. Comme nous allons l'entendre un peu plus tard, Claude Vivier a parfaitement compris le récitatif et il lui a redonné vie. Le genre a également recours à l'ajout d'ornements aigus à un ton grave fondamental, de façon à mettre en évidence la complexité de la voix. Enfin, le chant grégorien rend hommage à une conception du temps fluide et non pas mécanique. La pertinence de tous ces éléments est autant d'actualité de nos jours qu'elle l'était dans ce passé lointain, si bien que la mise en commun du chant grégorien et des Trois airs de Claude Vivier vise à combler le fossé musical qui existe entre deux efforts humains qui ne sont pas si différents qu'ils en ont l'air.

At first glance, the genre of chant can appear overwhelmingly kaleidoscopic. Our chief thread to its written origins, Gregorian Chant, is buttressed on all sides with related rites such as the Ambrosian (Milan), Byzantine (Istanbul), Mozarabic (Iberia), indicative of the divergent traditions of this music which spread centuries ago across Eastern Europe to Northern Africa to the British Isles. Notational and geographic concerns aside, though, what chant performance reveals is simple: some individuals' steering of the human voice toward producing particular sounds that take full advantage of acoustic space and are intended convey a certain message. At times we hear melismatic chant– that is, many pitches per one vowel sound–alternating with syllabic chant (one syllable of text per pitch). A special type of syllabic chanting–recitational–is performed by singing many syllables of the text on a single pitch. As we shall hear later in the program, Claude Vivier deeply understood and reanimated this recitational style. Chanting also reveals a high-pitched gilding to the lower fundamental pitch, parading the complexity of the voice. Finally, chant performance celebrates a fluid, non-mechanical sense of time. All of these elements are as pertinent today as they were in the distant past; this pairing of Gregorian Chanting with Vivier's Trois airs is meant to close the musical gap between two superficially dissimilar human efforts.

-Michael Ethen