Andrew STEWART


sounds between our minds

pour t-Stick soprano, t-Stick ténor et Rulers

Texte tiré de Enchantment vs. Interaction de Michel Waisvisz (utilisé avec la permission de l'auteur / used with permission)

Qu'est-ce que la musique sacrée? Si l'on adopte un point de vue séculier et que l'on considère donc le terme de "sacré" comme détaché de la religion, l'expérience que fait l'auditeur est celle de la reconnaissance d'une certaine qualité de musique qu'il relie à une tradition. Cette qualité désigne les interactions entre l'audience, le musicien et, curieusement, cet objet qui résonne – l'instrument. Considérons un instant le naturel avec lequel les musiciens portent, voire embrassent leur instrument. Par son jeu, l'artiste possède son instrument à un degré où son identité est intimement liée à celle de l'instrument. Lorsque l'on parle d'un musicien, l'on se réfère aussi, nécessairement et par tradition, à son instrument. La paire formée par l'humain et l'objet – l'instrument – peut être si puissante, impressionnante, qu'il est possible d'entendre s'exclamer combien l'objet, l'instrument, sonne merveilleusement entre les mains de l'humain. Ceci revient à reconnaïtre le contrôle du musicien sur l'instrument – or, dans le même temps l'instrument lui-même semble dominer le musicien, qui, de possédant, devient « possédé », mieux, « enchanté » par l'instrument.

Voilà le sujet de la pièce sounds between our minds. Alors que je travaillais sur les aspects rituels de la « possession transe », je me suis figuré une musique discontinue, faite de « fits and starts » menant, potentiellement, à des crises ou au silence. Ce morceau comprend des pulsations, il n'existe cependant pas de preuve qu'une telle régularité de rythme soit nécessaire à la transe ou au sentiment d'être possédé par la musique. Saisir les composants essentiels à la « possession » exige, en réalité, de comprendre la culture et le contexte auxquels appartient le possédé. sounds between our minds évoque ainsi notre culture et sa dépendance technologique. Les musiciens sont possédés par la technologie, par l'objet, par l'instrument.

Je tiens à remercier mes collègues au sein du "McGill Digital Orchestra Project", plus particulièrement les instrumentistes avec lesquels, suite à de longues heures de travail, j'ai mis au point une stratégie de "mapping" – comment tenir et jouer de l'instrument – permettant une efficacité des gestes musicaux et un confort, voire un naturel, des gestes physiques de l'instrumentiste. Merci aux luthiers, aux designers de l'instrument, - merci également de leur conscience du fait que le concept ne conduit pas nécessairement à la musique. Je voudrais enfin exprimer ma reconnaissance au travail de Sean Ferguson, à l'origine de la fondation du projet, à qui nous devons l'occasion de ces représentations et le soutien financier assuré par le CIRMMT.

What is sacred in music? If we disregard 'sacred' as having a connection to religion and take a more secular viewpoint, we instinctively direct our admiration toward a quality of music-making that has been established by tradition. Among other customs, this quality specifies revered interactions between audience, performer, and oddly enough, the very item that sounds–the instrument. Consider for a moment the naturalness with which trained musicians carry, or embrace, their instruments. Through the action of music-making, the musician possesses the instrument to the degree where the identity of the performer is intimately linked to the identity of the instrument. We typically include the instrument when referring to a musician–this is a necessary part of the established tradition. This coupling of human and object can be so potent and impressive a force that one might exclaim how marvelous the object–the instrument–sounds in the hands of the human. In such cases, there is shift of dominance. That is to say, we acknowledge the musician's control over the instrument; but at the same time, the instrument itself almost dominates the performer. The performer becomes the possessed, instead of the possessor, and is enchanted by the instrument. This is the subject-matter of sounds between our minds. While drawing on ritualistic aspects of possession trance, I envisioned a music of fits and starts, potentially leading to crisis as well as silence. For example, I created a music with pulse; although there is no extant evidence that steady rhythm is a necessity of trance, or of 'being possessed'. Understanding the components of possession is ultimately a factor of understanding the culture and context to which the possessed belongs. sounds between our minds evokes, thus, our technologically-dependent culture. In this context, musicians are possessed by the technology, the object, the instrument–in-line with a quality of music established by tradition.

I wish to extend my gratitude to the participants of the McGill Digital Orchestra Project, especially the performers with whom I spent numerous hours working out mapping strategies–how to hold and play the instrument–for both rewarding musical gestures and comfortable physical gestures. Thanks to the engineers for instrument design and construction, and for having an awareness that concept does not necessarily lead to music. Finally, I wish to acknowledge the work of Sean Ferguson for his initial conception of the project and through whom performance opportunities at and assistance from CIRMMT were guaranteed.

-D. Andrew Stewart