Claude VIVIER


Trois Airs pour un opéra imaginaire

pour soprano, deux flûtes, deux clarinettes, clarinette basse, deux percussions, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse

Jouée pour la première fois, à Paris, le 24 mars 1983, par l'ensemble L'Itinéraire, trois semaines après la disparition tragique de son compositeur, cette oeuvre met un terme à l'une des carrières de musique contemporaine les plus prometteuses et les plus originales qui soient.

Ces deux phrases révélatrices mises à part : « Wo bist du, O mein Liebe » (Où es-tu, ô mon amour) et « Wo ist die liebe hingegangen » (Où l'amour s'en est-il allé), l'oeuvre Trois Airs repose entièrement sur un langage inventé par le compositeur et a recours au son unique et à l'univers spirituel si caractéristiques de ses dernières oeuvres.

L'utilisation abondante de tempos très lents, le recours à de longues mélodies « teintées par la libre interaction des voyelles et des consonnes, dont l'évolution [...] donne naissance à un chant sensuel infini », et l'harmonie qui se dégage des quarts de ton et des sonorités exotiques, contribuent à l'ensorcellement du spectateur.

Tout au long de l'oeuvre, la voix solo est prépondérante, de façon synchronisée ou non avec l'ensemble instrumental, dans une riche texture homophonique où s'enchevêtre un contrepoint d'effets timbraux. La profondeur de l'oeuvre a suscité divers commentaires et analyses tout à fait pertinents si l'on en juge par la richesse musicale de Trois Airs pour un opéra imaginaire : « Un univers de brume délicatement sonore dans une tonalité d'ensemble évoquant quelque peu Stockhausen » et « dans lequel l'élan est donné par un magma de sonorités (première aria) qui rapidement engloutit la voix soprano et dont les couleurs rappellent la palette d'Alban Berg. »

Premiered in Paris on March 24, 1983 by the ensemble L'Itinéraire, three weeks after the composer's tragic death, this work concludes one of the richest and most original contemporary musical bodies of work imaginable.

Aside from two revealing sentences: "Wo bist du, O mein Liebe" (Where are you, O my Love) and "Wo ist die liebe hingegangen" (Where has Love gone), Trois Airs are exclusively based on an invented language by the composer and call upon the unique sound and spiritual universe so characteristic of his later works.

Extensive use of very slow tempos and unfolding of long melodies, "tinted by vowel and consonant free interaction and whose evolution [...] is one of a sensuous chant with no end in sight," harmony set by quarter tones and exotic sonorities–all contribute to cast a magic spell on the listener. Throughout this composition, the solo voice systematically dominates–alternatively in and out of synchronization with the instrumental ensemble–within a rich homophonic texture criss-crossed by a counterpoint of timbral effects.

The work's density has raised diverse comments and analysis, in fact all relevant, due to the musical richness of Trois Airs pour un opéra imaginaire: "a universe of lightly sonorous haze, in an overall tonality that reminds somewhat of Stockhausen's influence" and "where the main drive is generated by a sound magma (first aria) that soon engulfs the soprano's voice and whose colours evoke Alban Berg's palette."

-Michel Duchesneau