J. ANDERSON


Book of Hours

Un livre d'heures est un recueil médiéval de textes, de prières et de psaumes, illustré à la main de manière unique, qui sert pour la pratique profane de la religion catholique. Le livre d'heures le plus renommé et le plus fréquemment reproduit (Les Très Riches Heures) a été commandé par le Duc de Berry (un grand collectionneur de beaux objets et l'employeur de Solage) vers 1410. Scandaleusement, l'ouvrage original qui se trouve au Musée Condé n'est plus montré au public depuis vingt ans.

On lui a substitué des copies (la dernière a coûté 12 000 $) et des oeuvres comme le Livre d'heures de Julian Anderson (2004) qui rend hommage aux Très Riches Heures et à la tapisserie La Dame à la licorne. Par cette oeuvre, qui se déroule en deux parties, Anderson effectue sa première expérience d'utilisation de la technologie numérique. Les sections sont extrêmement différentes dans leur mouvement et dans leur comportement. La première partie fait référence au style Ars Subtilior; elle est épisodique et s'intéresse au temps. La deuxième partie, plus subjective, médite sur la mémoire. De façon éblouissante, Anderson établit, dans la deuxième partie, un lien avec les complexités du sublime rythme de danse de l'Ars Subtilior et avec les rythmes ternaires classiques (1 2 3 1 2 3, ou « Long court/court Long ») et une alternance endiablée des mesures binaires et ternaires. Pour l'écrivain John Fallas, les deux sections du Livre d'heures associent le temps au déclin, et la mémoire à l'acte de la projection d'ombre. Cette réflexion n'incite guère à l'optimisme si on l'associe à la disparition virtuelle des Très Riches Heures. Un chercheur de la Bristish Library (de Londres) s'est immédiatement opposé au déplacement de l'original : « Si personne ne peut consulter l'ouvrage, il n'a aucune raison d'exister », a-t-il déclaré. Ce soir, l'oeuvre Le Livre d'heures pourra être écoutée en direct, si bien qu'elle sera mise à la disposition du public. Elle prendra le contrepied de la tendance adoptée par les conservateurs, qui vise à mettre sous clé les idées et à vendre des contrefaçons.

A 'book of hours' is a medieval collection of texts, prayers and psalms in manuscript uniquely illustrated to form a reference for lay Catholic worship and devotion. One of the most famous and frequently reproduced examples (Les Très Riches Heures) was commissioned by the Duke of Berry (a great collector of beautiful objects, and Solage's employer) around 1410. Scandalously, the original manuscript in the Musée Condé was permanently withdrawn from public view twenty years ago.

In its place, we have only facsimiles (the most recent at a cost of $12,000) and works such as Julian Anderson's Book of Hours (2004), which pays tribute to Les Très Riches Heures and the tapestry La Dame à la Licorne. The piece represents Anderson's first use of digital technology in performance and unfolds in two parts. The sections are highly contrasting in their motion and behavior: Part One hints at Ars Subtilior style, is episodic and is concerned with Time; the darker, more subjective hue of Part Two ruminates on Memory. Anderson establishes a fantastic link to the complexities of sublimated Ars Subtilior dance rhythm in the Part Two, as well, with typical triple rhythms (1 2 3 1 2 3, or "Long short /short Long") and a frenzied alternation between triple and duple meters. For writer John Fallas, the two sections of Book of Hours ally Time with Decay, and Memory with the act of Shadow-casting. These are sobering thoughts in light of the virtual disappearance of Les Très Riches Heures. A scholar at the British Library (London) immediately objected to the removal of the original: "If no one has access to a manuscript there is no reason for it to exist." Tonight, Book of Hours resounds via live performance, which is access to the musical work and which is the very model of resistance to curators bent on sealing away ideas and selling their simulacra.

-Michael Ethen