ARS SUBTILIOR


Selections

ARS SUBTILIOR
BAUDE CORDIER
PERUSIO
SOLAGE
SENLECHES

ARS SUBTILIOR

Le terme Ars Subtilior (Art plus subtil, en latin) a été inventé en 1960 par la musicologue Ursula Günther pour décrire ce style de musique complexe composée principalement dans les cours seigneuriales du sud de la France, à la fin du XIVe siècle. Toutefois, le terme peut être trompeur si on l'entend seulement dans le sens de « nuancé », comme dans « une saveur subtile ». En effet, à la fin du XIIIe siècle, le terme subtilior évoquait l'intelligence, voire l'ingénuité. En conséquence, les compositeurs d'Ars Subtilior avaient souvent du mal à créer des manuscrits aux couleurs vives, qui soient aussi attrayants à l'oeil que la musique l'était à l'oreille. Pourtant, des systèmes de notation très élaborés pour transcrire des idées de musique pleine d'entrain figurent dans ces documents ingénieux. Néanmoins, même sans ces systèmes de notation, nous pouvons quand même apprécier les multiples trésors que recèle le style Ars Subtilior : les changements rapides de métrique, la complexe superposition des métriques et la conduite polyrythmique pleine de vivacité.

The term Ars Subtilior (Latin: "more subtle art"), given to us in 1960 by musicologist Ursula Günther, describes that special style of complex music composed mainly in the secular courts of southern France at the end of the fourteenth century. Our understanding of the term, however, is incomplete if we associate "subtle" only with "nuanced", as in "subtle flavour". In the late 1300s the term subtilior suggested cleverness, or even ingenuity. Correspondingly, composers of the Ars Subtilior were often at pains to design colourful manuscripts as appealing to the eye as to the ear. Lodged in these artful documents are intricate notational ciphers of lively musical minds. Even without the score we can enjoy the many treasures of the Ars Subtilior manner: swift meter changes, complex superimposition of meters, and a vivacious polyrhythmic drive.

-Michael Ethen

BAUDE CORDIER

Baude Cordier est le compositeur de la célèbre partition de Belle, Bonne, Sage en forme de coeur décoré de notes rouges pour faire référence à une coloration (changement momentané des valeurs rythmiques). Cette oeuvre est l'un des neuf rondeaux (de forme ABaaabAB) que Cordier a composés au début du XVe siècle, parmi lesquels seuls trois sont malheureusement parvenus jusqu'à nous. La version originale de la partition de Tout par compas a été écrite sous la forme d'un cercle et le texte décrit comment l'oeuvre doit être chantée : « Trois temps entiers par toy posés. » En gros, chaque révolution est composée de trente-trois unités de temps, un nombre significatif censé souligner la perfection d'un cercle tracé au compas.


Baude Cordier famously designed the score of Belle, Bonne, Sage in the shape of a heart, decorated with red notes that denote coloration (momentary change in rhythmic values). The piece is one of nine rondeaux (ABaaabAB in form) Cordier composed in the early fifteenth century; unhappily, only two other works survive. The original manuscript version of Tout par compas is written in the shape of a circle–the text describes how the piece is to be sung: "Trois temps entiers par toy posés." In all, each revolution is composed of thirty-three units of time, a significant number meant to accentuate the perfection built into a compass-drawn circle.

-Michael Ethen

PERUSIO

De 1409 à 1414, trois hommes ont revendiqué la tiare pontificale. Durant toute la période du Grand Schisme, Matheus de Perusio a composé à la cour de l'un de ces hommes : l'antipape Alexandre V. Le musicien italien a composé quelque trente-cinq oeuvres (et peut-être dix de plus), qui, pour la plupart, ont exploré le thème des formes fixes françaises. Le greygnour bien est une ballade (I-I-II) fascinante qui envoie dans l'espace des syncopes dissonantes qui se prolongent pour atteindre le La, puis le Sol.

From 1409-1414 three men laid claim to the highest position in the Catholic Church; Matheus de Perusio composed in the court of antipope Alexander V during this peak of the schism. The Italian composer wrote some thirty-five pieces (and possibly ten more), most of which elaborate on the French formes fixes. Le greygnour bien is a fascinating ballade (I-I-II) that lofts dissonant syncopations across longs spans of time, coming to rest on A and, finally, G.

-Michael Ethen

SOLAGE

Fumeux fume est emblématique de ce que le musicologue Willi Apel a appelé un « style maniéré » à l'extrême. Sa tessiture très basse et la hardiesse des séquences harmoniques ont dû provoquer l'admiration des fumeurs : un cercle restreint de gens de lettres appartenant à la noblesse française, dirigé par Deschamps. Seul rondeau de Solage parvenu jusqu'à nous, la mesure binaire introduite dans la section A anticipe sur l'impression qui se dégage de la section B.

Fumeux fume represents what musicologist Willi Apel called the "mannered style" at its extreme. Its very low tessitura and sequential harmonic daring must have provoked admiration among the fumeurs–a small circle of literati led by Deschamps connected with French royalty. This is Solage's only extant rondeau; a duple-meter interjection in the A section anticipates the feel of the entire B section.

SENLECHES

C'est sans doute le compositeur français Senleches qui a inventé le système de notation le plus novateur avant le XXe siècle. Il a composé de la musique et joué de la harpe pour le cardinal d'Aragon. L'oeuvre la plus difficile est son virelai (principalement ABBA) intitulé La Harpe de la mélodie, dont la partition a la forme d'une harpe et utilise neuf lignes, mais jamais les espaces entre les lignes.


Arguably the most innovative music notations before the twentieth century were advanced by the French composer Senleches, who composed and played harp for the cardinal of Aragon (Catalan). The most difficult is his virelai (essentially, ABBA) La Harp de Melodie, which is notated in the shape of a harp and which uses nine lines–never the spaces between.

-Michael Ethen