Gilles TREMBLAY


Cèdres en voile

Les lamentations de deuil font partie des actes les plus passionnels et irréguliers qui soient, si bien qu'ils conviennent parfaitement au fait que le compositeur commence l'oeuvre Cèdres en voiles par « douloureux, hoquetant, irrégulier (durées inégales) ». Cette oeuvre pour violoncelle est une complainte composée à la suite de la signature des accords de Taëf (1989) qui ont tenu compte de l'adaptation à la nouvelle majorité musulmane, mis fin à la guerre civile et prévu le retrait des troupes syriennes du Liban. Comme le laisse entendre la synonymie du mot voile, l'oeuvre peut également être interprétée sous l'angle de la rédemption. Cèdres met en avant la facilité inhérente du violoncelle avec les quarts de ton et, ce faisant, elle saisit la vaste gamme des émotions que l'instrument peut susciter. Poussé dans ses retranchements les plus rauques, l'instrument parvient à donner aux grincements une magnificence extrêmement délicate et à produire une marche persistante que vient contraster une insistante sérénité. L'oscillation entre les extrêmes du style (et de la dynamique) atteint finalement le ré ouvert du violoncelle, à la suite de quoi naït gracieusement un écho de l'Alléluia de la résurrection dans la tradition du chant grégorien. C'est à ce moment que le mot voile prend son sens porteur d'espoir et transmet toute la force du vent aux voiles du bateau qui vogue par-delà le bien et le mal.

Mourning wails are among the most passionate and irregular of acts, so it is altogether fitting that Tremblay's Cèdres en voiles opens with the marking "douloureux, hocquetant, irrégulier (durées inégals)". The solo cello piece is a lament written after the Taif Agreement (1989), which addressed accommodation of the new Muslim majority, a protracted civil war, and the withdrawal of Syrian troops from the war-infused country of Lebanon. Voiles are veils, but as Tremblay suggests, the piece also offers a redemptive interpretation of the title phrase: "sails". Cèdres brings the cello's inherent facility with quarter-tones to the fore, and in so doing captures the considerable emotive range of the instrument. Pushed to its hoarsest extreme, the instrument counters such grating sounds with absolutely delicate luminescence; a persistent march is contrasted with an insistent serenity. The oscillation between extremes of style (and dynamics) finally hones in on the cello's open D, after which an echo of a Resurrection Alleluia from the Gregorian chant tradition gracefully emerges. It is here that "voiles" takes on its hopeful meaning, transmitting the full strength of the wind to the ship that sails beyond good and evil.

-Michael Ethen