Anton Bruckner (1824-1896)

Anton BrucknerUne des figures les plus innovatrices de la seconde moitié du XIXe siècle, Bruckner doit sa notoriété surtout à ses symphonies et à ses œuvres sacrées. Sa musique est enracinée dans les traditions formelles de Beethoven et de Schubert et infléchie par l’harmonie et l’orchestration wagnériennes. Jusqu’à tard dans sa carrière, sa réputation reposait principalement sur son aptitude d’improvisation à l’orgue. En tant que professeur, il a communiqué le système contrapuntique de Simon Sechter à une génération d’étudiants viennois, notamment Felix Mottl, Heinrich Schenker, Franz et Josef Schalk et Ferdinand Löwe.

Enfant, Bruckner étudie l’orgue, le violon et la théorie. Il devient l’organiste de Saint-Florian en 1851, où il compose des messes et d’autres oeuvres sacrées. En 1855, il suit un cours de contrepoint avec l’éminent théoricien de Vienne, Sechter, et poursuivra ses études presque jusqu’à l’âge de 40 ans. Son contact avec la musique de Wagner (Tannhäuser, puis Tristan und Isolde) en 1863 aura une importance déterminante sur son développement. Les messes en ré mineur, en mi mineur et en fa mineur de Bruckner et sa Symphonie nº 1 reflètent toutes l’influence grandiose de Wagner.

De 1868 à 1891, Bruckner enseigne le contrepoint au Conservatoire de Vienne, en remplacement de Sechter qui est décédé. Il occupe deux autres postes d’enseignement au même moment : chargé de cours à l’Université de Vienne, et maître de piano au collège de formation d’enseignants pour jeunes filles St. Anna. Parallèlement, Bruckner est organiste à l’Hofkapelle (« chapelle de la cour »). Étant donné ses obligations, il est étonnant qu’il ait trouvé le temps de composer, mais pendant ses années à Vienne il se consacrera à l’écriture de grandes symphonies et en produit quatre de 1871 à 1876. Ses efforts sont infructueux (il retire un projet symphonique et en abandonne un autre) ou connaissent une première désastreuse (le public quittera rapidement la création de sa troisième symphonie). Persévérant devant l’adversité, Bruckner entre en 1876 dans une période d’intense remaniement de ses partitions précédentes, dont la composition d’un nouveau finale pour la quatrième symphonie. Ce n’est que dans les années 1880 qu’il connaît un véritable succès, en particulier avec la Symphonie nº 7. Sa musique commence à être interprétée en Allemagne et ailleurs, et il mérite maints honneurs ainsi que des bourses de mécènes et du gouvernement autrichien. Même dans les dernières années de sa vie, on lui a demandé de remanier la Symphonie nº 8, et à sa mort en 1896 la Symphonie nº 9 est restée inachevée.

Bruckner était un homme très pieux, et ce n’est pas par hasard qu’on a comparé ses symphonies à des cathédrales par leur ampleur, leur grandeur et leur aspiration au sublime. Leurs principales influences sont Beethoven et Wagner. La Neuvième Symphonie de Beethoven sert de modèle de base à leur ampleur et à leur forme, ainsi qu’à leurs ouvertures mystérieuses, émergeant du silence. Wagner a aussi influé sur leur ampleur et certains aspects de leur orchestration, comme le recours à des cuivres denses (à compter de la 7e Symphonie, Bruckner a écrit pour quatre tubas wagnériens) et le recours à un intense cantabile soutenu des cordes pour la profondeur de l’expression. Il crée d’amples points culminants par d’implacables répétitions de motifs, ou, dans les Adagios, par l’emploi répété de motifs figuraux virevoltants chez les violons contre lesquels un large tutti orchestral se dresse inexorablement, souvent avec des phrases ascendantes et de riches harmonies. Des thèmes secondaires revêtent souvent un caractère de type choral, parfois contrasté avec de la musique aux rythmes de danse. Les mouvements lents s’articulent fréquemment (comme dans la Neuvième de Beethoven) autour de l’alternance de deux grands thèmes. Ses scherzos évoquent la vigueur inhérente à la Neuvième de Beethoven; ils sont teintés d’allusions aux danses traditionnelles autrichiennes, et certains trios présentent les caractéristiques du ländler.

One of the most innovative figures of the second half of the 19th century, Bruckner is remembered primarily for his symphonies and sacred compositions. His music is rooted in the formal traditions of Beethoven and Schubert and inflected with Wagnerian harmony and orchestration. Until late in his career his reputation rested mainly on his improvisatory skills at the organ. As a teacher he communicated the contrapuntal system of Simon Sechter to a generation of Viennese students that included Felix Mottl, Heinrich Schenker, Franz and Josef Schalk and Ferdinand Löwe.

As a boy, Bruckner studied organ, violin and theory. He became a the organist at St. Florian in 1851, where he wrote masses and other sacred works. In 1855 he took a counterpoint course in Vienna with the leading theorist, Sechter, and continued his studies almost to the age of 40. Even more important to his development was his contact with Wagner's music (Tannhäuser, then Tristan und Isolde) in 1863. Bruckner's masses in d minor, e minor and f minor, and Symphony no.1 all bear the trace of Wagner's grandiose influence.

Bruckner taught counterpoint at the Vienna Conservatory, replacing the deceased Sechter, from 1868-91. He held two additional teaching positions at the same time: lecturer at the University of Vienna, and piano teacher at St. Anna's teacher-training college for girls. Bruckner was at the same time an organist at the Hofkapelle ('chapel of the court'). Given these obligations, it is perhaps surprising that Bruckner found any time to compose, but during his time in Vienna he focused on writing grand symphonies and produced four between 1871-76. His efforts were either unfruitful (he withdrew one symphonic project and aboted another) or unsuccessfully premiered (the audience left hastily during the premiere of Bruckner's third symphony). Persistent in the face of adversity, Bruckner in 1876 entered a period of intense re-working of his earlier scores, including the composition of a new finale for the Fourth. Only in the 1880s did he enjoy real success, in particular with Symphony no.7. His music began to be performed in Germany and elsewhere, and he received many honours as well as grants from patrons and the Austrian government. Even in his last years he was asked to rewrite Symphony no.8, and when he died in 1896 Symphony no.9 remained unfinished.

Bruckner was a deeply devout man, and it is not by chance that his symphonies have been compared to cathedrals in their scale and their grandeur and in their aspiration to the sublime. The principal influences behind them are Beethoven and Wagner. Beethoven's Ninth provides the basic model for their scale and shape, and also for their mysterious openings, fading in from silence. Wagner too influenced their scale and certain aspects of their orchestration, such as the use of heavy brass (from Sym. 7 Bruckner wrote for four Wagner tubas) and the use of intense, sustained string cantabile for depth of expression. Huge climaxes are attained by remorseless reiterations of motifs, or, in the Adagios, by the persistent use of swirling figural patterns in the violins against which a huge orchestral tutti is inexorably built up, often with ascending phrases and enriching harmonies. Secondary themes often have a chorale-like character, sometimes counterpointed with music in dance rhythms. Slow movements are often planned (as in Beethoven's Ninth) around the alternation of two broad themes. His Scherzos are redolent of an elemental drive in Beethoven's Ninth; they carry hints of Austrian peasant dances, and some of the trios show ländler-like characteristics.