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The Triumphs of Fame, Time, and Eternity, ca 1450, Francesco Pesellino

TEMPS LONG – TEMPS COURT : pour se libérer de Chronos ? / Mesure et Démesure.

Bienvenue à MusiMars 2009 !

La tradition réserve à Chronos le pouvoir de contrôler le temps, mais les musiciens de toutes les époques se sont toujours plu à se jouer de son diktat et à développer mille stratégies pour se soustraire à sa contrainte. Nous le savons tous, même intuitivement : le temps chronologique n’est pas le temps musical ! Car le plaisir de la musique est étroitement lié à la magnifique illusion qu’elle procure – ne serait-ce que dans le cadre d’une oeuvre – de précisément se jouer du temps.

Au fil des âges, nombre de créateurs-musiciens ont imaginé des oeuvres visant à distordre le temps chronologique en compressant ou diluant la densité du discours musical et en oscillant entre des dimensions et des durées extrêmes. Le répertoire regorge ainsi d’oeuvres où le “temps psychologique perçu” diffère grandement du "temps chronologique". C’est peut-être même cette force à dépasser le temps chronologique qui confère aux oeuvres une pérennité et une place dans notre patrimoine.

Les motivations qui poussent les musiciens à s’aventurer dans cette voie sont multiples : elles touchent au religieux, au mystique, elles tiennent parfois du rituel et de la transe, du désir de créer l’émerveillement et l’illusion, de la volonté de témoigner d’une vision ou d’un sentiment avec force, d’un besoin d’expérimentation ou simplement du pur plaisir ludique créé par l’illusion de manipuler le temps.

Six Soirées-Fleuves, plus de deux cent musiciens et participants

MusiMars 2009 se propose de mettre en présence plusieurs de ces différentes approches musicales de la manipulation du temps, dans toutes ses compressions et ses étirements...

Les 6 "soirées-fleuves" (l’équivalent de 2 concerts traditionnels par soirée) sont conçues comme des événements permettant de sentir ces flots temporels fluctuants mettant en contraste époques, ensembles instrumentaux, genres, formes, géographies, cultures et esthétiques.

En plus de ses nombreux ensembles, chambristes, solistes, compositeurs et conférenciers, l’Ecole Schulich reçoit entre autres les compositeurs John Adams et Alexander Raskatov, la soprano Elena Vassilieva, le guitariste Gary Lucas, les ensembles Viva Voce et Kids Eat Crayons, l’astronome René Doyon de même que les musicologues Harry Halbreich et Wladimir Barsky.

A la Recherche du Chronos perdu : mesure et dé-mesure.

Pour meubler les attentes entre les concerts ou égayer les soirées hivernales du mois de mars, j’ai pensé vous soumettre ces quelques réflexions. Elles sauront peut-être vous intéresser et suggérer à quel point "jouer avec le temps" – le pain quotidien des musiciens – n’est peut-être pas aussi anodin qu’on pourrait le croire. Et si par hasard vous deviez un peu vous égarer dans ce labyrinthe et que la tête commençait à vous tourner, sachez que les musiciens vivent presque en permanence cet état de suspension-suspense émotif dans leurs constants efforts pour faire éclater les limites apparentes du temps chronologique.

« Qu'est-ce en effet que le temps ? Qui saurait en donner 
avec aisance et brièveté une explication ? ... Si personne 
ne me pose la question, je le sais ; si quelqu'un pose 
la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus. » 
Saint Augustin, Confessions, XI, 14, 17.

« Le temps est de cette sorte. Qui le pourra définir ? Et pourquoi l’entreprendre, puisque tous les hommes le conçoivent (...) » Blaise Pascal, De l’esprit géométrique.

« Voir l'univers dans un grain de sable et un paradis dans une fleur sauvage, tenir l'infini dans la paume de la main et l'éternité dans une heure ... » William Blake, Auguries Of Innocence.

« L'avenir nous tourmente, le passé nous retient, c'est pour ça que le présent nous échappe. » Gustave Flaubert, Lettre à Louise Collet.

« Je suis en admiration devant l'ordre qui existe dans l'univers. Le carbone, élément essentiel de vie, nous est venu des étoiles; ne sommes-nous pas des poussières d'étoiles? L'infini, l'immortalité? Je pense qu'il n'y a rien après la mort. Mais l'origine de la conscience, ça, c'est fascinant. » René Doyon, astronome.

« La distinction entre passé, présent et futur est une illusion, malgré tout persistante. Le temps n'est pas ce qu'il semble être. Il ne s'écoule pas simplement dans une seule direction, et le futur existe simultanément avec le passé. » Albert Einstein, Lettre à la famille de sa grande amie Michele Besso, à l’annonce de sa mort (mars 1955).

Première piste: Le vieux Kronos ?
De la démesure de l’olympe des titans à la "juste mesure" du paradis saturnien !

La mythologie gréco-romaine nous présente le fabuleux Titan Kronos (Saturne chez les Romains) comme premier fils des Dieux-Créateurs Uranus (le ciel) et Gaia (la terre). Bestial et combatif, Kronos se rebelle contre son père: il le châtre sauvagement, jette son membre en lambeau aux quatre coins de la terre et le détrône pour prendre sa place. C’est sous ces auspices extraordinaires que l'espèce humaine en aurait profité pour voir le jour et peupler la terre! Après avoir épousé sa soeur Rhéa, Kronos prend l’habitude de dévorer goulûment ses propres enfants, pour s’assurer de sa toute-puissance sur l’univers. Mais la rusée Rhéa réussit à cacher son fils préféré Zeus en Crête qui, devenu à son tour jeune et fougueux adulte, vengera ses frères et soeurs en faisant subir le même sort à Kronos, le détrônant et le bannissant aux enfers des Tartares. Zeus obligea même Kronos à régurgiter ses enfants dévorés dont Poséidon, Hadès, Héra, Hestia et Déméter. Juste retour des choses et... beau festin de famille ! Chronos Devouring One Of His Children, ca 1820, Goya

Réduit à une condition de simple mortel, Kronos s’échappera toutefois vers la belle Italie et – ô miracle ! – reviendra sous les traits de Saturne pour instaurer en compagnie du dieu Janus un âge d’or idéalisé de justice et d’égalité où toutes choses étaient communes et chacun au service de tous. L’histoire ne nous dit toutefois pas ce qui aurait causé ce revirement de personnalité et contribué à transformer le goût "démesuré" pour le pouvoir de Kronos en un apostolat de l’ordre, de la convivialité et de la "juste mesure" !

Quoi qu’il en soit, on célébra longtemps chez les Romains les "Saturnales" à la fin de chaque année. Pendant cette période de libations, les maîtres libéraient leurs esclaves, les tribunaux et les écoles prenaient congé, on s’envoyait des présents et l'on festoyait à qui mieux mieux! Quelle belle fin de semestre !

Mais malgré l’extraordinaire haut goût de cette légende et bien que l’on puisse voir en cet étonnant mélange de force brute et de libations saturnales une possible origine du tempérament particulier des musiciens, elle ne nous renseigne qu’encore trop peu sur leur relation au temps et sur sa représentation... Voyons plus loin...

Deuxième piste, jeu de lettres : Serait-ce plutôt Chronos ?
Une autre mesure des choses chez les Orphistes.

Jeu de lettres : En troquant le "K" pour le "Ch" nous obtenons Chronos... et c’est précisément cette orthographe déviante que les "Orphistes" ont choisi d’adopter au VIe siècle avant notre ère pour remettre en question la mythologie grecque classique. Qui est donc ce Chronos transfuge ?

Pensée mystique et subversive apparue en même temps que le bouddhisme en Inde l’Orphisme crée sa propre cosmogonie parallèle mais réutilise et redéfinit les noms des principaux protagonistes de la mythologie classique: une tactique très efficace de subversion! Les orthographes sont travesties, de même que la nature et les origines généalogiques mythiques ! Le vieux Platon lui-même se perd en conjectures: d’une part il célèbre l’idée orphique de l’éternel retour mais se moque de ceux qu’il qualifie de "prêtres itinérants charlatans" vendant des indulgences pour s’acheter le salut après la mort... Les Chrétiens des siècles suivants n’auront rien inventé!

L’Orphisme provient bien sûr du nom du héros légendaire Orphée qui savait avec sa lyre à sept cordes charmer êtres animés tout autant qu’inanimés! Il réussira même à séduire le monstrueux Cerbère qui le laissera retrouver sa défunte Eurydice aux enfers. Le pouvoir enchanteur des sons ne date pas d’hier... mais malheureusement l’histoire finit mal... comme on le sait.

Ainsi s’affronteront deux conceptions du monde : Hésiode d’une part et les Orphistes de l’autre.

Dans sa Théogonie, Hésiode propose la théologie officielle des Grecs: à l’origine de toutes choses préside le Chaos, l’inorganisé, le vide. De ce chaos violent s’organisera le cosmos avec ses dieux bigarrés et titans démesurés. À tout cela la race humaine n’est que subordonnée. Point et fin !

Pour les Orphistes, l’avènement des hommes constitue le thème paradoxal principal. Et c’est ici que naît la première référence à un conception proche du "Paradis perdu", typique de bien des religions subséquentes. Il s’agit de tenter d’expliquer comment des êtres issus d’un monde réputé "parfait" auraient été déchus dans une existence individuelle même s’ils portent en eux une trace d’origine divine. Tout un programme !

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La genèse des orphistes est imagée à souhait: A toutes choses préside "L’OEUF PRIMAL COSMIQUE", comme symbole de vie potentielle et de plénitude originelle. Ce merveilleux oeuf éclos et ses deux moitiés forment le ciel et la terre. De lui naît Erôs (appelé aussi Phanès ou Protogonos), représentation de l’Être original pur, androgyne. picture Mais sa solitude androgyne ne l’empêche pas de s’auto-féconder et de donner naissance à Nyx (la nuit) et de s’unir à elle pour engendrer une race proliférante incluant la plupart des Hecatoncheires (aux 50 têtes et 100 bras !), des Cyclopes et des Titans de la mythologie classique. Et chez les orphistes, les Titans ont conservé tout leur appétit pour la chair fraîche : c’est leur sacrifice sanglant de l’enfant Dionysos qu’ils font rôtir sur la broche et qu’ils dévorent à belles dents qui constituera la "faute originelle". Le grand Zeus horrifié les foudroie en les réduisant à de simples mortels ! C’est dans cette dualité du bien et du mal qu’apparaît la nature "pécheresse" des humains et la nécessité d’expier la faute par la purification rituelle... Idée qui fera son chemin dans bien des religions, comme on le sait.

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Histoire mirifique mais peut-être un peu triste et un tantinet moralisatrice... Revenons plutôt à cette idée d’oeuf cosmique... Ne laissons pas la gloutonnerie perverse des Titans ("classiques" ou "orphiques", ils sont vraiment des porcs !) nous faire oublier la beauté orphique d’origine : La vie procède par cycles de transformation, elle nous vient de l’infini et y retourne. Boucles, formes rondes, rythmes cosmiques, nous ne sommes pas très loin des cercles concentriques du Kalacakra des bouddhistes et du paradoxe de l’éternel retour !

En lisant plus avant les orphistes on découvre que notre oeuf cosmique est lui-même suspendu dans un "aeon" primal, sans direction ni existence définie mais qui constitue l’origine suprême : c’est Chronos ainsi nommé, le principe essentiel, le temps primal immuable où rien n’existe si rien ne se transforme.

Par un savant jeu de lettres, les Orphistes ont transformé le Kronos brut et sanguinaire en le Tout Premier Chronos, et les musiciens pourraient avoir envie de paraphraser le célèbre prolégomène judéo-chrétien « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. » (Jean 1, 1), en substituant Chronos au Verbe, car leur art deviendrait ainsi l’Art du Premier Principe de toute chose !

Fin de piste et nouvel axiome: Au commencement était... non pas le verbe, mais Chronos, le Temps !
Kronos devenu Chronos et la musique l’Art du Premier Principe!

Chronos constitue en quelque sorte la matrice créatrice! C’est un être immatériel, souvent représenté par un serpent (parfois à trois têtes : homme, lion et taureau). Mais bien qu’immatériel on le voit s’enlacer autour de l’oeuf cosmique qu’il a créé et le mettre en rotation éternelle On lui suppose même une compagne tout aussi évanescente que lui, Ananké, déesse de la nécessité.

Que les musiciens se réjouissent donc et qu’ils remercient les orphistes ! La cosmogonie orphiste offre à leur art la plus mirobolante des genèses et les confirme dans la noblesse de leur quête des interstices du temps !

La tentation de définir le temps : sa mesure.

Nulle surprise que les humains issus de Chronos, d’Ananké, d’Erôs, de Nyx, de Zeus, des chairs sacrifiées de Dionysos et des cendres des Titans aient toujours été tentés de comprendre leurs origines et d’apprivoiser le temps... en le mesurant, en tentant de le scinder et de le quantifier. Source immatérielle et évanouissement ultime, le temps nous interpelle même s’il nous résiste.

Quand ils n’étaient pas occupés à construire leurs huttes, à affûter leurs silex ou à peindre sur les murs des cavernes, les Cromagnons enregistraient déjà il y près de 30,000 ans les phases de la lune ! Mais ce n’est qu’il a 400 ans que nous avons réussi à s’entendre sur l’unité des minutes et pas plus de 50 ans que l’horloge atomique est capable de scinder le temps en milliardièmes de seconde.

L’histoire de la mesure du temps témoigne du désir de l’homme de se mettre en relation avec l’univers et constitue le fil d’Ariane du développement des sciences et des civilisations ; les calendriers les plus divers et les horloges les plus abracadabrantes en sont la trace. La première évidence a été de tenter de synchroniser les affaires humaines avec les grands cycles naturels : la terre, la lune, le soleil, les étoiles. Toujours il s’est agi de cycles, symboles paradoxaux du changement mais également de l’immuabilité des retours. En fixant le soleil et les étoiles – domaine où ils projetaient leurs dieux préférés – et en observant les crues du Nil, les Egyptiens en sont arrivés à évaluer l’année solaire à 365 jours puis à 365.25 jours, ayant remarqué que l’étoile Sirius semblait apparaître chaque année 6 heures plus tard que la précédente !

Encore plus incroyables sont les observations à l’oeil nu du grec Hipparque qui remarqua que les deux point ou les rayons du soleil semblent traverser l’équateur aux équinoxes de printemps et de l’automne (alors que la nuit et le jour ont la même durée) se déplacent très légèrement (moins de 2 degrés par 150 ans). Il arriva alors à la durée de 365.242 jours pour l’année, une valeur très près de celle qui est aujourd’hui la norme : 365.242199. Mais les hommes cédant volontiers à la routine, le grand Jules César dans toute sa superbe ignora tout simplement les découvertes d’Hipparque et s’en tint aux 365.25 lors de sa grande réforme du calendrier en 46 avJ-C, "créant" ainsi des années trop longues de 11 minutes... pour des siècles !

Le temps suspendu extraordinaire de Grégoire XIII : 10 jours volés à Chronos !

Hourglass

On assista en l’an 1582 à un phénomène extraordinaire ! Depuis César, l’année du calendrier s’était décalée de 10 jours complets par rapport au cycle solaire annuel. L’humanité tout entière était – au sens propre – en retard ! Ce sont les Chrétiens de l’époque qui ont été les plus terrifiés en réalisant la chose, ayant une "sainte" peur de célébrer leurs fêtes religieuses – ô blasphème ! – au mauvais moment et de "faire leurs Pâques" en plein carême ! Et c’est à ce moment que le pape Grégoire XIII a décidé de poser l’un des gestes les plus éminemment "musicalement créatifs" de toute l’histoire de l’humanité (comparable à la géniale intuition d’Einstein de fusionner le temps et l ‘espace quelques siècles plus tard ?). N’écoutant que son courage – et les suppliques de ses ouailles effarouchées – Grégoire décida tout simplement de soustraire 10 jours à l’année 1582, creusant ainsi un trou colossal, une "démesure grandiose", une torsion incomparable du temps chronologique, un "vol qualifié" du trésor de Chronos ! Peu de compositeurs ont réussi à ce jour à distordre le temps à ce point, à suspendre les auditeurs au point de leur faire perdre toute "mesure" ! Et Grégoire aura pu s’estimer chanceux que le vieux Kronos ne soit pas revenu du fond des âges pour le dévorer comme il le faisait avec ses enfants menaçant sa toute-puissance !

La gravitation avant la lettre: Kepler et l’équation du temps.
Les horloges et les calendriers : des mesures "démesurées".

Les calendriers réputés les plus précis ont été ceux qui ont intégré le plus possible les variations des grands cycles célestes alors que l’on aura évalué les horloges en fonction de leur précision à suivre le mouvement moyen de rotation de la terre autour du soleil. L’astronome Kepler réalise en 1609 que lorsque les orbites des planètes les font s’approcher du soleil, ce dernier leur donne une "poussée" supplémentaire qui les accélère et ainsi "raccourcissent" la journée solaire. Il y a donc une disparité entre le temps solaire réel (une mesure astronomique) et le temps solaire moyen (une mesure mécanique) ! Cette disparité oblige Kepler à expliquer le phénomène dans ce qu’il appelle "l’équation du temps" et à soupçonner qu’une force obscure est responsable de cette curieuse "attraction" entre les planètes : il intuitionne ce faisant les lois de la gravitation une bonne cinquantaine d’années avant leur formulation par Isaac Newton et contribue bellement à miner le mythe de l’immuabilité du cours du temps !

Un peu plus tard au 17e siècle le Hollandais Christiaan Huygens confirme les présomptions de Kepler avec les données de sa nouvelle horloge à pendule. Il consomme ainsi le divorce entre les deux mesures du temps traditionnelles : celle obtenue en se référant aux cycles astronomiques et celle obtenue par les horloges mécaniques de plus en plus perfectionnées depuis le 14e siècle.

Friction et fatigue : à la recherche du pendule idéal pour en finir avec les humeurs planétaires du vieux Chronos.

Le système du pendule libérait la mesure du temps des irrégularités des cycles planétaires en créant un cycle "idéal", une sorte de battement presque "abstrait" déjouant les humeurs de Chronos. Mais les pendules mécaniques de Huygens étaient elles-mêmes faillibles, puisque soumises à la friction de ses matériaux. Plus de 300 ans s’écoulèrent avant qu’aucune horloge ne dispose d’un pendule assez stable pour que l’on puisse mesurer plus précisément les subtiles irrégularités de la rotation terrestre. Jusqu’à ce que Waren Alva Marrison propose en 1927 d’exposer un minuscule cristal de quartz à un champ électrique et de créer des battements ultrasoniques enfin libérés de la friction et précis au millième de seconde ! Mais... les cristaux s’usent et la mesure ne peut donc être infiniment précise et juguler complètement ces fameuses humeurs de Chronos...

Le Temps universel coordonné : mort annoncée de Chronos.

Il faudra aller plus loin et pénétrer l’infiniment petit pour trouver l’oscillation parfaite. En 1967 on adopta une toute nouvelle définition de la seconde, une définition voulue ultime et "intemporelle". La "nouvelle seconde" sera donc la durée de 9,192,631,770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux hyperfins F=3 et F=4 de l’état fondamental 6S½ de l’atome de césium 133, rien de moins! Notons au passage que l’on a bien fait de choisir l’isotope 133 car c’est le seul "stable" parmi les 31 qu’il possède et – contrairement aux cristaux de quartz – l’atome de césium ne peut "s’user" et continuera de vibrer à l’infini sans aucune distorsion de son cycle. La précision ultime, quoi !

L’imprévisibilité de la seconde intercalaire : le Chronos mythique y perdure...

Mais cette précision ultime l’est tellement que l’on a dû inventer la notion de "Temps universel coordonné" pour réconcilier le "Temps universel" (défini par l’orientation des planètes par rapport à la terre) avec ce nouveau temps atomique. Chronos on Wolff's Grave, 1904, Hans Latt Car les planètes ont une vie propre et littéralement imprévisible, à l’échelle de l’infini.

Le Service International de la Rotation Terrestre et Systèmes de Référence situé à l'observatoire de Paris doit donc ajouter ou retrancher une seconde, au maximum une fois l’an MAIS DE FAÇON IREGULIERE ET IMPREVISIBLE, à l’année "atomique". Le plus extraordinaire est que depuis l’introduction de ce système en 1972 il n’y ait eu aucun moyen de prévoir quand cela sera nécessaire. Depuis 1972, il y a eu 23 "secondes intercalaires". La dernière date du 31 décembre 2008, et le plus long intervalle de temps sans modification est celui entre la seconde intercalaire du 31 décembre 2005 et la précédente, ajoutée le 31 décembre 1998. Remarquons que ce petit "glissement" de quelques malheureuses 23 secondes en 36 ans est bien modeste si on le compare au fossé béant des 10 jours de Grégoire XIII en 1582!

Mais le futur même de cette seconde imprévisible est incertain! En effet, le développement et la multiplication des systèmes de positionnement pas satellites rendent la gestion et l’uniformisation de ces données de plus en plus difficile. On songe actuellement à l’Union internationale des télécommunications (WP7A) à Genève à supprimer cette seconde intercalaire laissant ainsi se découpler la rotation terrestre de l’heure de tous les jours. On pourrait "rétablir" l’ordre des choses vers l’an 3000 ou alors diffuser les variations de façon continue via internet! La dernière réunion de la Commission WP7A a eu lieu à Genève en septembre 2007... à suivre... Chronos vit donc toujours et ses humeurs sont bien impénétrables...

Dr. Albert et la renaissance de Chronos : l’ultime "dé-mesure".

pictureLa précision des cycles du césium n’a rien pu y faire. Le découpage de plus en plus fin de la mesure du temps par des pendules de plus en plus stables nous aura presque conduit à croire à l’universalité absolue du temps, en la rationalisation complète de l’héritage de Chronos et en la dissipation de son aura de mystère et de merveilleux. Mais c’était sans compter avec la dissidence géniale d’un Einstein ! En 1962 on compara deux horloges atomiques, l’une tout en haut et l’autre tout en bas d’un château d’eau. L’horloge placée au bas mesura le temps de façon légèrement plus lente que celle au haut de la tour, confirmant ainsi – comme si c’eût été nécessaire – ce que Dr. Albert nous avait livré dès l’annus mirabilis de 1905 : à savoir que le temps et l’espace sont relatifs et que la force d’attraction de la terre infléchit le cours du temps plus on est près de sa surface. La mesure du temps et de l’espace dépend de la position de l’observateur et même de sa vitesse relative dans le continuum de l’espace-temps. Et voilà que Chronos quitte à nouveau le domaine de la mesure pour rejoindre celui – plus près de sa vraie nature – de la "dé-mesure" et de la poésie !

Notions de Temps : mesure et perception.

« L'espace et le temps sont les modes par lesquels nous pensons et non les conditions dans lesquelles nous vivons. Le temps des horloges et des calendriers est une pure invention. » Albert Einstein.

La notion de temps se réfère immanquablement aux trois concepts de simultanéité, de succession et de durée. À cette première triade s’ajoute celle de présent, de passé et d’avenir. L’emploi "scientifique" de ces concepts permet de concevoir une forme d’ordre temporel des événements. Il est possible de considérer une suite unilinéaire des choses et de lui appliquer des systèmes de mesure, comme nous l’avons vu. Un deuxième emploi de ces concepts serait celui de la perception humaine de ces événements. Ils sont présents s’ils sont accessibles directement. Ils appartiennent au passé s’ils ont été retenus, ou si on peut raviver leur mémoire. Ils seront futurs si on peut les anticiper, les prévoir où s’ils suscitent une attente.

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Une question fondamentale est celle de la directionnalité . Si l’on considère les processus temporels comme irréversibles, on aura tendance à concevoir le temps comme un DEVENIR. C’est cette vision du monde que semble partager Newton : un temps absolu qui coule uniformément Si l’on considère qu’il n’y a pas lieu de mettre en mouvement les relations de succession et de simultanéité entre les événements et qu’elles demeurent toujours semblables, on pourra imaginer le temps comme un MILIEU IMMOBILE où peuvent se produire les changements. C’est cette deuxième conception qui semble inspirer à Kant une théorie métaphysique d’un temps transcendantal présidant à toute mécanique de transformation.

Mais Einstein réintroduit pour sa part un "temps cosmique", muni d’une direction, une sorte de "flèche du temps", elle-même relative et dont la perception est dépendante de l’observateur !

Le temps des musiciens : mesures et démesures. Une joute éternelle avec Chronos !

Même s’ils en ont une conscience beaucoup plus pratique que théorique – près d’Augustin ou de Pascal ! –, les musiciens sont très sensibles à ces deux aspects de la conception et de la perception du temps qui se formulent en une dualité simple :
- l’aspect linéaire du temps : processus d’évolution et de transformation, développement continu, passages, transitions, etc.
- l’aspect cyclique du temps : cycles des astres, des saisons, des jours, retour des éléments de discours créant la forme.

Ces notions font appel à la mémoire et à la trace que les événements y laissent en fonction d’un grand nombre de facteurs tels leur importance purement physique (durée, puissance, mémorabilité des contours, etc.) et également leur valeur affective et connotative (chacun de nous pouvant y attacher une signification particulière en fonction de mille et un conditionnements)

Chronos est non seulement le principe premier de l’art musical en ce sens qu’il lui procure son PREALABLE existentiel mais ils en est sa MODALITE même ! Car la musique advient véritablement lorsqu’elle arrive à se jouer de lui, utilisant ses artifices pour le pénétrer puis le transformer, en jonglant entre ses aspects linéaires et cycliques, en accélérant sa fluidité ou encore en figeant son évolution.

« ... la musique constitue l'image exemplaire de la temporalité, c'est-à-dire de l'humaine condition. Car la vie, parenthèse de rêverie dans la rhapsodie universelle, n'est peut-être qu'une mélodie éphémère découpée dans l'infini de la mort. Ce qui ne renvoie pourtant pas à son insignifiance ou à sa vanité : car le fait d'avoir vécu cette vie éphémère reste un fait éternel que ni la mort ni le désespoir ne peuvent annihiler. » Vladimir Jankélévitch, La musique et l’ineffable.

La façon de manipuler – de se déjouer de Chronos – matérialise dans l’espace-temps sonore la pensée du musicien et ses affects. Elle constitue un témoignage de sa perception du monde dans sa perspective personnelle tout en témoignant largement de ses origines et de sa culture. L’étude anthropomorphique du temps des musiciens est peut-être l’angle par lequel nous pouvons pénétrer le plus avant son art.

Se libérer de Chronos, Donc ?

Se libérer du Chronos de la "mesure" certes mais pour mieux perpétuellement réinventer le Chronos de la "dé-mesure", les Chronos multiples, changeants, proliférants, les Chronos mythiques et – qui sait ? – peut-être même à l’occasion se rappeler le vieux et terrifiant Kronos mangeur d’enfants, le temps d’un frisson...

MusiMars 2008 proposait des liens "ondulatoires" entre des oeuvres et des époques, un va-et-vient sur les ondes de la grande toile multidimensionnelle de l’histoire musicale.

MusiMars 2009 aborde les oeuvres dans leur façon particulière de "transiger" avec Chronos. Nous avons choisi deux grandes figures emblématiques portant le même prénom : Bruckner et Webern. Et nous évaluerons leurs "ombres portées" les mettant en contact et en contexte de façon parfois même surprenante!

D’où viennent les lentes énonciations se déployant sur d’immenses plages temporelles d’un Bruckner ? Comment se sont-elles perpétuées ? Peut-on y imaginer un plus grand contraste que dans les constructions radicales de concision et de densité d’un Webern ? Quelles oeuvres pourraient y faire contrepoint au fil des âges ?

Voici quelques jalons des six soirées. Elles constituent autant de voies exploratoires auxquelles vous êtes conviés à des rencontres étonnantes avec Chronos !

Jour I, lundi le 2 mars
Perdre le fil du temps

Les Préludes non mesurés de Louis Couperin (nous entendrons le plus long en sol majeur et le plus court en ré mineur) procèdent d’un art consommé de l’ornementation outrée et de la fluidité des changements de tempi qui nous masquent avec grande élégance la structure formelle et créent un magnifique brouillage temporel.

La simplicité apparente des chants byzantins semble quant à elle proposer un arrêt du découpage temporel au profit d’une linéarité qui pourrait s’étendre vers l’infini.

À l’extrême concision de la Bagatelle de Marin Marais répond celle de Rameau dans le canon Ah ! Loin de rire, pleurons (un mini-univers d’émotions vives en boucles de répétition) et le contraste est grand avec la forme beaucoup plus développée de La Paix du Parnasse de François Couperin.

Beethoven fera alors irruption avec des miniatures extrêmement particulières : Les Bagatelles. Pour chacune d’entre elles, il semble y avoir un grand hiatus entre le matériau exposé et son traitement. Parfois de petits riens sont étirés hors de toute proportion (comme dans l’op.33 no.1), à d’autres moments une idée apparue sous une forme embryonnaire et tronquée se met à proliférer de façon presque incontrôlée (op.33 no.7) ou encore Beethoven procède par "flash" de bribes juxtaposées sans liens formels apparents (op.119 no.7). On assiste même à de mini-envolées théâtrales suivies de fragments de récitatifs (op.126 no.6) ou encore à un contraste de caractère (op.126 no.4) tel que son impact sur l’auditeur créé une véritable apnée du temps !

Brian Harman (Three Rooms and a Lobby) s’amuse à créer des déplacements dans des espaces et temps virtuels alors que Lesage (Plaisirs anciens) utilise les référents de notre mémoire musicale pour créer une suspension des frontières entre présent, passé et avenir.

Dans ce contexte les Quatro Illustrazioni de Scelsi ne manqueront pas de surprendre : il existe peu ou pas d’autres oeuvres pour le piano qui, pendant un quart d’heure, exploitent une aspect si résolument "anti-pianistique" : la texture est réduite pour l’essentiel à une mélodie colorée et brouillé en de fins miroirs. Le "temps pianistique" s’en trouve transcendé.

Changement de perspective total avec la grande Sonate D. 960 de Schubert. Oeuvre grandiose s’il en est, elle pousse la forme à ses limites dans une kyrielle de reprises qui conduisent à une véritable suspension du temps : Chronos étiré, qui nous happe et où l’on se perd au fil de rencontres merveilleuses !

Dans ce contexte de contrastes presque déroutants les incroyables Sonates no.2 et No.6 de Galina Ustvolskaya prennent l’allure de magnifiques sculptures abstraites dans un granit aux arêtes vives : temps dur et brut !

Jour II, mardi le 3 mars
Temps et couleursscore

John Adams a toujours eu le don de suggérer des images fortes de mouvement et de couleurs : figures souvent cinétiques, répétitions et grand contrastes. Dharma at Big Sur introduit un aspect résolument plus mélodique et rapsodique avec le violon électrique et des éléments d’intonation non-tempérée. Big Sur est une partie de la côte californienne où se dressent des paysages spectaculaires créés par la collision des chaînes côtières avec la plaque tectonique du Pacifique. Les falaises semblent littéralement plonger dans l’océan. Adams flirte entre autres avec les larges plages temporelles inspirées du raga indien créant un nouvel hybride entre les aspects rythmiques pulsés de son oeuvre et une forme d’incantation plus lyrique. Temps pulsés et temps lisses se juxtaposent de nouvelle façon !

Au programme figurent également les Sea Interludes de Britten ainsi que la Symphonie No. 6 de Sibelius, oeuvres qui ont un rapport étroit avec cette esthétique quelque peu "naturaliste" de Adams.

Jour III, mercredi de 4 mars
Temps suspendu, mémoire et les sphères du ciel

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Cette soirée met en parallèle deux compositeurs qui ont rarement l’occasion de se rencontrer sur une même scène : Anton Bruckner et Gérard Grisey.

Le traitement du temps dans la Symphonie No. 6 de Bruckner est réputé légèrement "atypique" chez le compositeur : l’oeuvre est l’une des plus "compactes" qu’il ait écrit, mais son expression semble faire déborder le cadre temporel. Le monde dans lequel elle nous fait pénétrer comporte sa propre dimension et crée sa propre référence, très loin du temps chronologique.

Le Noir de l’étoile de Grisey nous connecte sur un phénomène fascinant : celui des pulsars, qui balayent les espaces interstellaires de leurs ondes électromagnétiques. Pour Grisey, les rythmes implacables des pulsars suggèrent un rituel cosmique pouvant constituer une version moderne des anciennes célébrations solaires et lunaires du passé. Le temps est ici découpé en larges plages pulsées "objectivées" faisant contrepoint à celles plus "subjectives" d’un Bruckner. Pour Grisey, il s’agit ici de conjurer Chronos, de pénétrer sa nature immuable.

Baril met en jeu la "persistance de la mémoire" dans son oeuvre Mémographie. La mémoire peut s’estomper avec le temps et être réactivé par les chocs ponctuels. Kronos engloutit mais Kronos peut faire resurgir la mémoire de ses entrailles !

L’oeuvre Xnoybis de Scelsi nous permet de plonger dans la microcosme du son : avec très peu de variation de hauteurs, elle se concentre sur des micro-fluctuations et des micro-variations. Ce focus presque figé charge le temps d’une grande intensité : on en ressent un fort caractère d’introspection, comme si Scelsi nous dévoilait quelque sourde énergie en lui.

Jour IV, jeudi le 5 mars
Rituels et mondes de l’au-delà

La Symphonie No.5 d’Ustvolskaya constitue une lecture hautement dramatique du Pater Noster. La musique est minimale et répétitive à l’extrême et gagne en intensité à chaque retour des courtes phrases scandées toutes semblables ; la charge émotive s’accumule. La supplique est persistante, aucun repos n’est accordé. La lourde scansion du temps frise l’insoutenable.

Avec Gebet (prière en allemand) Raskatov aborde la prière d’une toute autre façon. Le temps est plus linéaire même s’il est parfois entrecoupé de ruptures dramatiques et suggère une possibilité de communication dans un grand lyrisme nostalgique, plein de réminiscences d’un autre âge. Messiaen professe dans Et exspecto resurrectionem mortuorum une foi pleine et sereine en la Résurrection après le Jugement Dernier. Les moyens employés sont riches et somptueux mais le découpage temporel est d’une extrême simplicité et d’une grande force de conviction. La répétition textuelle de grands blocs formels contribue à annihiler la progression du temps et suggérer le statisme de l’éternité.

Rituels d’inspiration orthodoxe, kaddish, juive, catholique ou païenne : les langues et languages musicaux peuvent diffèrer mais leur manipulation de Chronos suggère plus de similitudes que de différences.

La deuxième partie du programme propose des contrastes très accusés. Après un détour par le temps long de L’Arcadiana idyllique et mythique de Thomas Adès suivent trois oeuvres extrêmes de densité : L’indocile de Baril puis les Bagatelles op. 9 et le Quatuor Op. 28 de Webern. Baril superpose plusieurs "chemins musicaux" contribuant à créer une très forte dose d’énergie semblant s’orienter vers plusieurs directions simultanées mais dont l’interaction court-circuite la progression temporelle linéaire : un temps qui "avance à reculons !" Les deux oeuvres de Webern pour quatuor à cordes représentent le paradigme de concision cher au compositeur : chaque note est lourde d’une extrême conséquence, sa mise en relation avec l’ensemble est régie par une réseau de relations d’une rigueur redoutable et admirable. Alors qu’un Scelsi ou une Ustvolskaya aiment guider l’auditeur dans les détails de leurs univers sonores en les y faisant glisser pas à pas, en "temps réel" – pour ainsi dire –, Webern nous convie à une écoute hyper-concentrée, presque "hors-temps", la mémoire devant constamment sauter en arrière puis revenir sur la pointe du présent pour comparer la nouvelle information en train d’être reçue ! Idéalement on devrait écouter quelques minutes de Webern, on ferait silence puis on réécouterait les mêmes oeuvres. Suivrait ensuite une longue pause de silence. Je ne sais s’il sera possible un jour de créer de pareilles conditions dans une salle de concert !

Raskatov nous revient pour terminer la soirée dans une oeuvre aux vertus de suspension magiques : Xenia. La progression temporelle de cette oeuvre est souvent basée sur un principe de lente "accumulation" ou de "dépouillement". La métaphorique Xenia semble apparaître lentement puis s’évanouir sous divers avatars. Le temps n’est plus mesuré mais "ressenti" comme autant de périodes d’attente de ses nouvelles apparitions. Chronos ne devrait plus vraiment avoir d’emprise après une semblable soirée...

Jour V, vendredi le 6 mars
Le vernaculaire, le mystique, l’abstrait

Trois conceptions du temps se rencontrent au Jour V :
Le temps de la société de consommation (le vernaculaire inspiré du Heavy Metal), le temps mystique (Scelsi) et le temps abstrait objectivé (Feldman).

Sean Ferguson décrit très bien le projet Heavy Metal dans son introduction au programme. Il s’agit de la relation (complexe) entre la musique dite "populaire" en général et la musique de concert contemporaine. Du point de vue de la conception et de la perception du temps on pourrait s’imaginer une simple lorgnette d’approche. La même "réalité" est envisagée vue tantôt d’un côté, tantôt de l’autre de la lorgnette. La pop envisage des portions très courtes du temps et semble "coller" au présent immédiat, ce qui expliquerait très simplement le grand taux de roulement des oeuvres et des interprètes-vedettes. Bien sûr on peut aussi prendre en considération le public cible de la pop commerciale et sa "volatilité" à l’âge "idéal" d’environ 12 ans. On rétorquera que la pop s’adresse bien évidemment à un public beaucoup plus large que les 10-15 ans mais on pourrait supposer qu’il s’agit d’un âge virtuel "théorique" et que tout le public de la pop, quel que soit son âge réel, se projette dans cet idéal de jouvence adolescent, ce qui semble être l’une des données de base fondamentales du marketing dans une société de consommation pure. Quoi qu’il en soit – et pour un bien ou pour un mal – la musique de concert contemporaine aurait plutôt tendance à regarder le monde par l’autre côté de la lorgnette, obtenant ainsi une vision de plus larges plages temporelles et favorisant – consciemment ou non – les points de jonction en diachronie (à travers les âges) plutôt qu’en synchronie (points de comparaison surtout ancrés dans le présent immédiat). Dans cette perspective, on comprend à quel point est large la focale inversée de la lorgnette d’un Jean Lesage, par exemple ! Bien entendu tout ceci n’est qu’une grossière simplification mais suggère tout de même un angle d’approche.

Il m’est toujours apparu très intéressant de suivre la série d’associations ou de filiations mises de l’avant par mes collègues Don McLean et Sandy Pearlman entre Anton Bruckner et le Heavy Metal, entre autres. La question serait de savoir à quel niveau de la structure temporelle de l’oeuvre se situent ces associations. Que le Power Chord de la guitare hautement distorsionnée du Heavy Metal (entre plusieurs éléments de syntaxe) découle de Bruckner est parfaitement plausible ; cela suppose une vue d’un côté de la lorgnette. Mais si l’on renverse cette même lorgnette on pourrait considérer les oeuvres de Bruckner dans leur découpage temporel global et dans leurs stratégies de manipulation de Chronos ; de ce "point de vue", il est pensable que Giacinto Scelsi soit encore plus près de l’esprit de Bruckner... Mais ce ne sont là que spéculations, bien sûr !

Il sera captivant d’entendre les voix de David Adamcyk, Eliot Britton, et Sean Ferguson à ce chapitre, tout cela entourant la prestation wagnérienne (maître du temps long...) de Gary Lucas à "l’inverse" : c’est-à-dire d’un point de vue de l’impression dégagée par l’écoute seule et non la lecture de la partition. Que la musique populaire de toutes les époques aient largement influencé et inspiré la musique dite "de concert" est un fait d’évidence mais cette forme de "cross-fertilization" telle que pratiquée par Gary Lucas est particulière... et s’inscrit drôlement bien dans une semaine consacrée à l’exploration des natures et modalités de Chronos !

Avec Uaxuctum de Scelsi on aura l’occasion de tisser – ou non, selon ses humeurs – des liens entre sa pensée et celle de Bruckner. Je me souviens de ma première audition "live" de cette oeuvre lors de sa création à la Radio de Cologne en 1987. Quel choc ! pictureAu-delà de la référence à la mystique des Mayas et à la possibilité que Scelsi lui-même se soit perçu comme une sorte de Chilam (grand-prêtre intercesseur), la musique possède une force d’expression peu commune ; et cela tient en grande partie à sa façon de transiger avec Chronos ! Le temps s’ébranle lentement, l’espace sonore se met graduellement en vibration, les masses s’intensifient par la répétition et l’accumulation de quelques hauteurs privilégiées et embryons mélodiques qui n’apparaissent que pour bientôt s’étioler. Les masses gagnent en tension et sont parfois lacérées par de larges accents brutaux suivis de tenues ou de silences expectatifs. Tout cela contribue à l’impression d’un "temps archaïque", "primal" et est renforcé par les voix suggérant un monde rituel dans une langue a-sématique entre le souffle et le bruit, les explosions gutturales et le chant modulé en micro-intervalles : Un monde où semblent se nouer forces magiques et suppliques intemporelles... On pourra bien sûr se rappeler Arcana de Varèse...

Après ce monument vibrant du temps subjectif hautement connoté, nous sommes conviés à un tout autre rituel : celui de la célébration des formes pures et de l’objectivité plastique des Patterns in a Chromatic Field de Morton Feldman. On a affaire ici à une forme très "douce" de la manipulation du temps. Feldman se contente presque de mettre en branle de légers modules qui vont se combiner et recombiner tout au cours de l’oeuvre. C’est à un Chronos très distancié que nous avons affaire : un Chronos presque immuable, sans désir et sans passion, un Chronos qui altère légèrement les instances répétitives peut-être uniquement pour que nous ne l’oublions pas complètement.

Jour VI, samedi le 7 mars
D’est en ouest

"Et le dernier jour..."

Nous pourrons entendre ce dernier jour d’autres oeuvres plus "extrêmes" de Raskatov où le ton s’approche de plus en plus du sacré. Quant à Kya de Scelsi, il nous donne l’impression d’un temps hybride, à la frontière de l’Orient et de l’Occident, et c’est bien là que se situait Giacinto Scelsi, comte d’Ayala Valva, dans sa résidence au beau milieu de Rome. Tout en utilisant les techniques de jeu parmi les plus raffinées des instruments occidentaux, l’esprit de Kya est "ailleurs" : il est plus près de la musique indienne carnatique du Nadaswaram (sorte de grand hautbois que l’on joue en paire) et de ses cycles d’incantations que de quelque modèle occidental que ce soit. C’est peut-être de là que vient cette idée d’une mélodie à la clarinette principale qui traverse toute l’oeuvre et qui est constamment doublée, ou mieux : colorée de mille et une façons par l’ensemble. Sans être elle-même très longue, Kya suggère une cérémonie qui pourrait être intemporelle. Nous n’avons peut-être accès qu’à une portion d’un grand cycle... un temps "ouvert"...

On appréciera en contraste les deux joyaux durs et purs de Webern : Satz et le Trio op. 20. autour des Vignettes de Feria.

Et voilà que le périple se termine en mettant le cap à l’ouest, plus près de nous, avec la participation spéciale de John Adams nous présentant Son of Chamber Symphony. On a beaucoup abusé du terme "minimaliste" pour décrire plusieurs compositeurs américains de sa génération. Le terme ne rend que médiocrement compte de la grande diversité stylistique entre des compositeurs presque "mystiques" tels La Monte Young ou Terry Riley, d’autres plus "contemplatifs" comme Morton Feldman et d’autres encore adeptes de la "transe communale collective" comme les Philip Glass et Steve Reich "première manière". Les termes "musique minimale" ou "musique répétitive" ne nous éclairent que très peu sur ces oeuvres qui partagent des méthodes de déploiement temporel basées sur la répétition et les processus de transformation à large échelle. Car une Ustvolskaya, un Raskatov, un Scelsi même ou encore un Messiaen partagent certaines de ces méthodes mais dans des modalités fort diverses. Les plages répétitives d’une Ustvolskaya sont par exemple souvent empreintes d’une fatalité poignante, celles d’un Raskatov suggèrent à l’occasion la redondance floue du rêve presque nostalgique, référence à une époque idéalisée perdue. Symboles d’errance, d’exil psychologique ou physique peut-être... Mais chez John Adams les processus répétitifs témoignent d’une autre réalité tout en s’en nourissant. En l’espace de deux décennies son oeuvre a acquis une valeur de symbole pour ses contemporains américains et c’est ce qui explique sa grande popularité car sa culture se "reconnaît" en elle. Et il partage cet honneur avec quelques illustres de ses prédécesseurs dont le plus éminent est certainement Aaron Copland. Le découpage du temps en Amérique est bien différent de celui de la vieille Europe et encore plus de celui de la vieille Russie. La perception est modulée par les courtes fenêtres temporelles des media ("span of attention") et des trépidations de la vie urbaine dans son "drive" constant vers l’avant, symbole du mouvement et d’une vision bien précise du progrès. La musique de John Adams en renvoie un miroir brillant, intelligent et parfaitement intelligible, tout aussi clair que les immenses murs de verre qui forment les faces extérieures des édifices des grandes villes et qui se réfléchissent mutuellement cette de image de l’Amérique. Et ce n’est pas une mince affaire que d’être arrivé à faire danser Chronos de la sorte !

Cette 5è édition de MusiMars est le fruit de la collaboration vraiment extraordinaire d’un très grand nombre de jeunes musiciennes et musiciens ainsi que de nombreux collègues et amis de l’École Schulich. C’est merveilleux et stimulant de voir s’unir les générations dans un projet commun !

Grand merci à nos invités, interprètes, compositeurs, conférenciers et collaborateurs pour leur disponibilité et leur générosité.

Merci également à notre équipe de production attentive et dévouée ainsi qu’à l’infatigable et hautement inventif Bureau des Concerts et Publicité.

Merci à toutes et à tous ainsi qu’à vous, cher public, de partager cette conviction que la musique peut contribuer non seulement à notre perception du monde mais à notre façon de l’appréhender et de la façonner au travers des multiples avatars de Chronos !

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À très bientôt,
Chaleureusement,
Denys Bouliane
Denys Bouliane





français

The Triumphs of Fame, Time, and Eternity, ca 1450, Francesco Pesellino

DISTORTED TIME: Freed from Chronos? The Measured and the Un-measurable.

Welcome to MusiMars 2009!

Traditionally it has been the prerogative of Chronos to control time, but musicians have always sought to resist his power and have developed thousands of strategies to escape his constraints. We know this—intuitively, even. Chronological time is not musical time! The enjoyment of music is closely tied to the wonderful illusion of defying and suspending time, even if only for a single piece.

Throughout the ages, creative musicians have imagined ways to distort chronological time through the compression and rarefaction of musical density, and through the extremes of duration. The repertoire abounds with works in which the perceived “psychological time” differs substantially from “chronological time”. It is perhaps this capacity to transcend chronological time that bestows upon musical works longevity and a place in our heritage.

The motivations urging musicians to venture down this path are numerous: some are religious or mystical in origin, while others may be linked with ritual or trance; many grow out of the desire to mesmerize or to communicate a strong vision or emotion; still others simply spring from the need to experiment and to enjoy the illusion of manipulating time.

Six Large-Scale Events and more than two hundreds musicians and participants.

MusiMarch 2009 will present and link together many of those different ways of manipulating time, in all their stretches and compressions...

The six “Evenings-Rivers” (each evening having the length of two traditional concerts) will provide exploratory paths fluctuating through contrasting musical periods, instrumental genres, forms, geographies, cultures and aesthetics.

On top of its numerous ensembles, chamber musicians, soloists, composers and lectures, the Schulich School has the pleasure to be host to composers John Adams and Alexander Raskatov, soprano Elena Vassilieva, guitarist Gary Lucas, Producer Sandy Pearlman, ensembles Viva Voce and Kids Eat Crayons, astronomer René Doyon as well as musicologists Harry Halbreich, Wladimir Barsky, Timothy Jackson.

In Search of a Lost Chronos: The Measured and the Un-Measurable

I thought I would offer you a few meditations, to pass time between concerts or to liven up your wintry March evenings. These will perhaps tantalize you and suggest that the point of “playing with time”—the daily bread of musicians—is not as trivial as you might believe. If by chance you become a little disoriented in this labyrinth and your head begins to spin, know that musicians live in an almost permanent emotional state of suspension-suspense in their efforts to transcend the apparent limits of chronological time.

“What, in effect, is time? Who can briefly and clearly explain it? If no one asks me this question, I know; if I wish to explain to him who asks, I know not.” 
Saint Augustine, Confessions, XI, 14, 17.

“Time is like this. Who can define it? And why undertake to do so, since all men conceive of it?” Blaise Pascal, The Geometric Spirit.

“To see the universe in a grain of sand and paradise in a wildflower, to hold infinity in the palm of one’s hand and eternity in an hour . . .” William Blake, Auguries Of Innocence.

“The future torments us, the past holds us back; this is why the present escapes us.” Gustave Flaubert, Lettre à Louise Collet.

“I stand in awe before the order that exists in the universe. Carbon, life’s essential element, comes to us from the stars; are we not stardust, then? Infinity, immortality? I think there is nothing after death. But the origin of consciousness . . . that is fascinating.” René Doyon, astronomer.

“People like us, who believe in physics, know that the distinction between past, present, and future is only a stubbornly persistent illusion. They do not simply flow in one direction, and the future exists simultaneously with the past.” Albert Einstein, letter to the family of his lifelong friend Michele Besso, after learning of his death (1955).

First Lead: The Old Kronos?
From the immodesty of the Titans to the “Just Temperament” of Saturn's Paradise.

Greco-Roman mythology gives us the fantastic Titan Kronos (Saturn, for the Romans), first son of Uranus (the heavens) and Gaya (the earth). Bestial and feisty, Kronos rebels against his father: he savagely castrates him, scattering the scraps of his member across the four corners of the earth, and dethrones him to assume his place. It was under these extraordinary circumstances that the human race first saw the light of day and began to populate the earth! After marrying his sister Rhea, Kronos developed the habit of voraciously devouring his children to secure his own mastery of the universe. But the crafty Rhea managed to hide her favourite son, Zeus, in Crete. When he matured into a fiery young adult, Zeus avenged his brothers and sisters, giving Kronos a dose of his own medicine by dethroning him and banishing him to the hell of Tartarus. He even made Kronos regurgitate the children he had eaten: Poseidon, Hades, Hestia, and Demeter. Turnabout is fair play . . . and a nice family feast! Chronos Devouring One Of His Children, ca 1820, Goya

Reduced to a mere mortal, Kronos nevertheless escaped to beautiful Italy and—miracle!—returned in the form of Saturn to inaugurate a golden age of idealized justice and equality. Along with the god Janus, Kronos ensured that everything was shared and that everyone worked for the greater good. The story does not tell us what might have caused this change of personality or what led Kronos to transform from an immoderate, powerful beast into a model of order, conviviality, and moderation.

At any rate, Romans long celebrated rites of Saturn at the end of each year. During this time of libations, masters freed slaves, courts and schools vacationed, gifts were exchanged, and festivities competed to out do one another. What a fabulous end of semester!

But despite this extraordinarily fanciful legend, and although we can see in its surprising mixture of brute force and Saturnal libation one possible origin of musicians’ peculiar temperament, it still tells us little about their relationship with time and its manifestations. Let’s keep looking . . .

Second Lead: A Play of Letters . . . Is it, rather, Chronos ?
Another “Measure”, from the Orphists.

A play of letters: by twisting the “K” into “Ch” we get Chronos . . . and it was precisely this spelling that the Orphists adopted in the sixth century B.C. to cast classical Greek mythology into question. So who was this renegade Chronos?

A mystical and subversive current appearing near the time of Buddhism in India, Orphism created its own parallel cosmology but reused and redefined the principal figures of classical mythology, a very effective subversion! The Orphists altered spellings and the mythical genealogies along with them. Old Plato himself didn’t know what to think: on the one hand, he lauded the Orphic ideal of eternal return but, on the other, mocked those “traveling charlatan priests” who sold indulgences for salvation after death . . . Christians-to-come did not patent this practice!

Orphism, of course, comes from the name of the legendary hero Orpheus, who could charm the animate and inanimate alike with his seven-string lyre! He even managed to beguile the monstrous Cerberus, who allowed him to retrieve his deceased Eurydice from the underworld. The power to enchant with sound is nothing new . . . but this story ends badly, as we know.

Two conceptions of the world thus compete: that of the Orphists on the one hand, and Hesiod’s on the other. In his Theogony, Hesiod gives the official theology of the Greeks: Chaos, the unorganized void, reigned over the origin of all things. The cosmos, with its colourful Titan gods, would organize itself from this violent void. To all of this, the human race remained subordinate. End of story! For the Orhpists, however, the advent of man is the principal but paradoxical theme. Here we find the first reference to something like the concept of “Paradise lost”, which permeates many later religions, that describes how beings in a “perfect” world fell to their mundane existence even though they carried in themselves a trace of the divine. What a plot!

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Orphist genesis imagery is powerfulzq: THE PRIMEVAL COSMIC EGG presides over everything as a symbol of potential life and original plenitude. This egg hatched into two halves to form the earth and the heavens. From it was born Eros (also called Phanes ['I bring to light'] and Protogonus [‘first-born’]), the androgynous incarnation of the pure Original Being. picture Androgynous solitude did not prevent Eros from conceiving and giving birth to Nyx (goddess of the night); the two united to proliferate a population that included most of the Hecatoncheires (with 50 heads and 100 arms), and the Cyclops and Titans of classical mythology. For the Orphists, the Titans retained their appetite for fresh meat: their “original sin” was the bloody sacrifice of the child Dionysus, whom they skewered, roasted, and devoured with great relish. Horrified, the great Zeus reduced them to mere mortals. It was in this duality of good and evil that the “sinful” nature of humans, and the necessity of absolution through purification rituals, came to be . . . an idea that would make its way into many religions, as we know.

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A wonderful story, though perhaps a little sad and slightly moralizing . . . Let us return instead to the idea of the cosmic egg . . . Let not the gluttony of the Titans (real pigs, whether “classical” or Orphic!) make us forget the original Orphic beauty: life goes in cycles of transformation; it comes to us from infinity and returns there. Curls, round shapes, cosmic cycles: we are not far from the concentric circles of the Buddhist Kalachakra and the paradox of eternal return!

Through a bit more Orphist literature, we discover that the cosmic egg is itself suspended in a primeval “ether.” There, though suspended directionless and without a defined existence, it constitutes the supreme origin. Thus it is named Chronos, the essential principle unchanged by primal time, where nothing exists if nothing changes.

Through a clever play of letters, the Orphists transformed Kronos, bloodthirsty and crude, into the First-Ever Chronos. Musicians might wish to parody this celebrated Judeo-Christian verse: “in the beginning there was the Word, and the Word was with God and the Word was God.” By substituting “Chronos” for “Word”, their art becomes the Art of the Primal Principle of all things!

End of the Trail and New Axiom: In the beginning there was . . . not the Word, but Chronos, Time!
Kronos becomes Chronos, and music becomes the Art of the Primal Principle.

Chronos is in some sense the womb of creation. He is an immaterial being, often represented by a serpent (sometimes with three heads: man, lion, and bull). Although immaterial, we nevertheless see him wrapping himself around the cosmic egg that he created, setting it in perpetual rotation. One might even suppose that he has a companion as evanescent as he: Ananke, goddess of necessity.

Let musicians delight and thank the Orphists, since Orphist cosmogony confers on their art the most fabulous of origins and galvanizes the nobility of their quest for the deep recesses of time!

The Temptation to Define Time: Its Measurement

No surprise that humans (descendants of Chronos, Ananke, Eros, Nyx, Zeus, the sacrificed flesh of Dionysus, and the ashes of the Titans) have always attempted to understand their origins by trying to measure, quantify and, in short, tame time. Though immaterial and vanishing, time is the ultimate wellspring that calls out to us even as it resists us.

When not busy constructing huts, sharpening flint stones, or painting cave walls, the Cro-Magnons observed the phases of the moon nearly 30,000 years ago! But it has been only 400 years since we standardized the unit of the minute and not more than 50 years since atomic clocks achieved accuracy to the one-billionth of a second.

The history of the measurement of time bears witness to a human desire to place civilization in relationship with the universe and constitutes Ariadne’s cord with respect to the development of the sciences and societies. The most diverse calendars and the most fantastical clocks are traces of this. The first evidence was to attempt to synchronize human affairs with nature’s great cycles: terrestrial, lunar, solar, celestial. The focus was always on cycles, paradoxical symbols of change and of the immutability of return. The Egyptians, in plotting the sun and the stars—where they projected their favorite gods—and by observing the water levels of the Nile, deduced at first a 365-day solar year. Then, having noticed that the star Sirius appeared six hours later than in the preceding year, fine-tuned their assessment: 365.25 days.

More incredible still were the naked eye observations by the Greek Hipparchus. On spring and fall equinoxes, where night and day are equivalent length, Hipparchus noticed that the two points along which the sun traversed the equator changed slightly (less that two degrees per 150 years). He thus calculated a duration of 365.242 days to the year, a value very close to today’s standard: 365.242199 days. But societies conceded to routine. The great Julius Caesar, in all his majesty, simply ignored the discoveries of Hipparchus; his great reform of 46A.D. maintained a 365.25 day year, thus creating years too long by eleven minutes . . . for centuries.

Gregory XIII’s Extraordinary Suspension of Time: Ten days stolen from Chronos!

Hourglass

The year 1582 witnessed an extraordinary phenomenon! From the moment of Caesar's reform, the calendar year had been gradually pushed forward ten complete days relative to the annual solar cycle. All of humanity was—in the literal sense—behind the times. Christians of the period were the most terrified of this discovery, having a “holy” fear of celebrating religious rites at the wrong time, like celebrating Easter in the middle of Lent—blasphemy! It was at this moment that Pope Gregory XIII decided to make one of the most eminently “musically creative” gestures in human history (comparable to Einstein’s genial intuition to fuse time and space a few centuries later?). Listening only to his courage—and the petitions of his frightened flock—Gregory decided to simply cut ten days from the year 1582, digging instead a colossal hole, an incomparable twist of chronological time, a qualified “theft” of Chronos’s treasure. To this day few composers have succeeded in distorting time to such an extent, to make their point by any “measure” necessary. Gregory might have counted himself lucky that old Chronos didn’t come back from the depths of the ages to devour him as he had done to his children.

Gravity Before Its Time: Kepler and the Equation of Time.
Clocks and Calendars: the Unmeasureable Measured!

The calendars reputed to the be the most precise were those that integrated to the greatest possible extent the variation in the great celestial cycles and the average motion of the Earth’s orbit around the sun. The astronomer Kepler realized in 1609 that when the orbits of the planets bring them near the sun, the sun gives them a supplementary push that accelerates them and thus shortens the solar day. So he discovered a disparity between real solar time (an astronomical measurement) and mean solar time (a mechanical measurement)! This disparity obliged Kepler to explain the phenomenon in what he called “the equation of time” and to suspect that an obscure force was responsible for this curious attraction between the planets. He thus intuited the laws of gravity a good fifty years before they were formulated by Newton and made a nice contribution to undermining the myth of the immutability of time.

A bit later in the seventeenth century the Dutchman Christiaan Huygens confirmed Kepler’s presumptions with data from his new pendulum clock. He thus consummated the divorce of the two traditional measurements of time: that obtained by referring to astronomical cycles and that obtained be mechanical clocks that had been incrementally perfected since the fourteenth century.

Friction and Fatigue: In Search of the Ideal Pendulum to Put an End to the Planetary “Moods” of Old Chronos.

The pendulum liberated the measurement of time from the irregularities of planetary cycles by creating an “ideal” cycle, an almost “abstract” sort of interval spoiling Chronos’s humour. Huygens's mechanical pendulums, though, were themselves fallible on account of friction in the material. Over 300 years would pass before any clock would have a pendulum stable enough to accurately measure the irregularities of the earth’s rotation. That is, until 1927 when Warren Alva Marrison thought to expose a tiny quartz crystal to an electrical field. By creating ultrasonic pulses he negated the effects of friction and achieved accuracy to one-thousandth of a second! But . . . crystals wear down, so measurement cannot be infinitely precise and completely curb Chronos’s notorious moods.

Universal Coordinated Time: The Death of Chronos Announced.

We must go further and penetrate the infinitely small to find the perfect oscillation. In 1967 an entirely new definition of the second was adopted, a definition hoped to be ultimate and “timeless”. The “new second” would have a duration equivalent to 9,192,631,770 pulses of radiation of Cesium 133 atom. Let us note in passing that it was good to choose isotope 133 because it is the only stable one of the thirty-one Cesium isotopes and, contrary to quartz crystals, the Cesium atom doesn’t wear and will continue to vibrate perpetually without any distortion of its cycle. The ultimate in precision, right?

The Unpredictability of the “Leap Second”: Mythical Chronos and Lost Chronos.

But this degree of precision was so extreme that a notion of ‘universal coordinated time’ had to be invented to reconcile universal time Chronos on Wolff's Grave, 1904, Hans Latt(defined by the orientation of the planets in relation to the earth) with this new atomic time. Against the yardstick of eternity, the planets have their own, literally unpredictable lives.

The International Earth Rotation and Reference Systems Service (IERRSS) located in the Paris observatory would thus add or subtract one second from the atomic year, at most once per year, BUT UNPREDICTABLY AND IRREGULARLY. What is extraordinary is that since the introduction of this system in 1972 there has been no way to predict when this would be necessary. Since 1972, there have been twenty-three “leap seconds”. The most recent occurred on December 31, 2008 and the longest unmodified span of time was that between the leap seconds of December 31, 2005 and December 31, 1998. Let us note that this little adjustment of twenty-three seconds in thirty-six years appears rather modest compared with Pope Gregory’s gaping ten-day gap in 1582!

But the future of this unpredictable second remains uncertain! In fact, the development and proliferation of satellite positioning systems has had the effect of rendering the management and standardization of this data more and more difficult. At present, the International Telecommunications Union (WP7A) in Geneva is considering canceling the leap second so that everyday time would be independent from the rotation of the earth. These groups may plan to re-synchronize things in the year 3000, or continuously broadcast the variations over the internet. The last meeting of the WP7A took place in September 2007, so there is more to come . . . Chronos lives, and his moods move in mysterious ways!

Dr. Albert and the Renaissance of Chronos: The Ultimate “un-measurability.”

pictureThe accuracy of Cesium isotope cycles couldn’t solve the problem. And the ever finer parsing of time with increasingly stable pendulums could almost lead us to believe in the absolute universality of time, in the complete rationalization of Chronos’s heritage, and in the dissipation of his mysterious and marvelous aura. But that would be to ignore Einstein’s genial dissidence! In 1962 two atomic clocks were compared, one at the very top and one at the very bottom of a water tower. The lower clock measured time slightly slower than the higher, thus confirming—as though it were necessary—what Dr. Albert had given us in the annus mirabilis of 1905: the knowledge that time and space are relative and that the closer we are to the earth’s surface, the more its gravitational pull inflects the course of time. The measurement of time and space depends on the position of the observer and even on his relative velocity in the time-space continuum. And so, once again, Chronos leaves the realm of the measurable in order to reconnect with the “un-measurable” and with poetry—that is, to bring it closer to its true nature.

Notions of Time: Measure and Perception.

“Space and time are modes by which we think, not conditions under which we live. Time—the time that we known through clocks and calendars—is pure invention.” Albert Einstein.

The notion of time inevitably refers to the three concepts of simultaneity, succession, and duration. To this first triad we can add that of the present, the past, and the future. The “scientific” use of these concepts allows us to conceive a kind of temporal order of events. As we have seen, it is possible to consider a uni-linear series of events and apply to those events particular systems of measurement. Another application of these concepts would align closely with human perception: to us, events are present if they are directly accessible; they belong to the past if they are retained or if we can revive their memory; they are in the future if we can anticipate, predict them, or if they arouse expectation.

timelineA fundamental question is that of directionality. If we consider temporal processes as irreversible, the tendency is to conceive time as a PERMANENT BECOMING. Newton appears to have held this vision of the world: absolute time flows uniformly. If, on the other hand, we consider that the relationship between succession and simultaneity of events is groundless and that they always remain similar, we can imagine time as an IMMOBILE MILIEU within which change can take place. It is this second conception that seems to have inspired in Kant a metaphysical theory of a transcendental time that presides over all mechanics of transformation.

But Einstein, for his part, reintroduced a “cosmic time” with direction, a sort of “arrow of time”, itself relative, and of which its perception depends on the observer.

Musicians’ Time: An Perpetual Duel with Chronos!

Even if their consciousness is much more practical than theoretical—closer to Saint Augustine or Pascal!—musicians are very sensitive to two aspects of the conception and perception of time:
- the linear aspect of time: process of evolution and transformation, continuous development, passage, transition, etc.
- the cyclical aspect of time: cycles of stars, seasons, days, the return of discursive elements creating form, etc.

These notions depend on memory and the traces that events leave upon it, according to a large number of factors such as their purely physical significance (duration, force, “memorability” of contour, etc.), and their affective and connotative value (since each of us may attach a particular significance depending on a thousand and one conditions).

Chronos Chronos is not only the primal principle of musical art in that he gives it its existential PRECONDITION but he is its very MODALITY! For music truly happens when it comes to ‘play’ him, using its tricks to perfuse him and then transform him, juggling his linear and cyclical aspects, accelerating his fluidity or freezing his development.

“Music constitutes the exemplary image of temporality, that is to say of the human condition. For life, a reverie enclosed in universal rhapsody, is perhaps an ephemeral melody carved from the infinity of death. This is not to say that it is insignificant or vain: for the fact of having experienced this ephemeral life remains an eternal fact that neither death nor despair can take away.” Vladimir Jankélévitch, Music and the Ineffable.

The manner of manipulating—of ‘playing’ Chronos—embodies in sonorous space-time the thought and emotions of the musician. It constitutes a testament of his or her personal perception of the world while bearing witness to its roots and its culture. The anthropomorphic study of musicians’ time is perhaps the path that leads to the heart of their art.

To Free Ourselves from Chronos, Then?

To liberate ourselves from the Chronos of exact measurement? Certainly, but in order to perpetually reinvent the Chronos of un-measurability and excess, the multiple, changing, proliferating Chronos-es, the mythical Chronos and—who knows?—perhaps even the opportunity to remember the old and terrifying Kronos, devourer of children, for a thrill . . .

MusiMars 2008 offered undulating links between works and eras, a to-and-fro across the waves of the vast multidimensional canvass of musical history.

MusiMars 2009 approaches musical works in the particular way they “negotiate” with Chronos. We have chosen two important and emblematic figures with the same given name, Anton: Bruckner and Webern. And we evaluate their “shadowy reach” placing them in contact and contexts in ways that might surprise!

Where do Bruckner’s slow statements, spreading across immense sands of time, come from? How have they traveled through time? Can we possibly imagine a greater contrast than between them and the radical concision and density of Webern? What works across the ages could sound in counterpoint with them?

Here are a few way posts from the six evenings. They are all exploratory routes upon which you are invited to surprising encounters with Chronos!

Day I, Monday March 2
A Stretch of Time

Louis Couperin’s Préludes non mesurés (we shall hear the longest, in G major, and the shortest, in D minor) draw upon the consummate art of exaggerated ornamentation and engage fluid tempo changes to elegantly mask the formal structure and create a magnificent temporal haze.

The apparent simplicity of the Chants byzatins seems to suspend the regular parsing of time to express a linearity that might extend to infinity. To the extreme concision of Marin Marais’s Bagatelle responds that of Rameau in the canon Ah ! Loin de rire, pleurons (a miniature universe of vivid emotions in repeating loops); it contrasts palpably with the more involved form of François Couperin’s La Paix du Parnasse.

Beethoven will then claim the stage with his idiosyncratic miniatures, the Bagatelles. In each of them, there is a marked disconnect between the material and its treatment. On occasion, little morsels are stretched out of proportion (as in Op. 33 no. 1), and at other times an idea appears in a truncated, embryonic form and then threatens to proliferate out of control (op.33 no.7). Elsewhere still, Beethoven proceeds by flashing juxtapositions of fragments without apparent links, as in op.126 no. 6. One even encounters miniature flights of theatre followed by snatches of recitative (op.126 no.6), or contrasts of character that strike the listener with such power as to create a veritable apnea in time !

Brian Harman (Three Rooms and a Lobby) playfully creates movement in virtual space and time, while Lesage (Plaisirs anciens) engages our musical memory to blur the boundaries between present, past, and future.

Against this backdrop, Scelsi’s Quatro Illustrazioni will not fail to surprise. There exist few or no other compositions for piano that, for a quarter of an hour, remain so resolutely “anti-pianistic”: Scelsi essentially reduces texture to a melody and is blurred in delicate mirrors. “Pianistic time” is transcended.

A complete change of perspective for Schubert’s great Sonata D. 960. A grandiose work if ever there was one, it pushes form to its limits through intense repetition that leads to a veritable suspension of time: Chronos stretched, we pick up our string of marvelous encounters where we left off.

In this context of almost disconcerting contrasts, Galina Ustvolskaya’s incredible Sonatas no. 2 and no. 6 take on the attributes of an abstract sculpture in sharply chiseled granite: time, hard and raw!

Day II, Tuesday March 3
Time and Coloursscore

John Adams has always had a gift for suggesting images alive with movement and colour, often employing kinetic figures, repetition, and striking contrast. Dharma at Big Sur offers a resolutely more melodic surface, with the electric violin and non-tempered intonation. Big Sur is part of the California coast with spectacular scenery created by the collision of the costal ranges with the Pacific tectonic plate. The cliffs literally seem to dive into the ocean. Adams enlists broad temporal swaths inspired by Indian raga to forge a new hybrid of his characteristic pulsed rhythm and a more lyrical form of incantation. Pulsed time and smooth time are juxtaposed in a fresh manner!

The program also includes Britten’s Sea Interludes as well as Sibelius’s Sixth Symphony, both closely related to Adams’s somewhat “naturalist” aesthetic.

Day III, Wednesday March 4 mars
Suspended Time, Memory and the Celestial Spheres

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This evening’s concert suggests parallels between two composers who rarely share the same stage: Anton Bruckner and Gérard Grisey.

The treatment of time in Bruckner’s Sixth Symphony is said to be somewhat atypical of the composer: the work is one of his more compact essays, but its expression seems to transcend the frame of time. The world into which it takes us possesses its own dimensions and its own referential framework, far from chronological time.

Grisey’s Le Noir de l’étoile connects us with a fascinating phenomenon: pulsars, which sweep interstelar space with their electromagnetic waves. For Grisey, the implacable rhythms of the pulsars suggests a cosmic ritual that might be considered the modern equivalent of ancient solar and lunar rites. Time is here parsed into broadly pulsed, “objectified” swaths, that stand in counterpoint to Bruckner’s more subjective realms. Grisey here conjures Chronos to ponder his immutable nature.

In his work Mémographie, Baril engages the “persistence of memory.” Memory can fade with time and be reactivated by timely shocks. Kronos ingests, but Kronos can also regurgitate the memory of his entrails!

Scelsi’s Xnoybis allows us to delve into a microcosm of sound: with very little pitch contour, it directs attention to micro-fluctuations and micro-variations. This nearly static focus charges time with great intensity: we feel a strong sense of introspection as though Scelsi reveals a deeply buried deaf energy.

Day IV, Thursday March 5
Rituals and Other Worlds

Ustvolskaya’s Fifth Symphony offers a highly dramatic reading of the Lord’s Prayer. Minimal and repetitive in the extreme, the music grows in intensity with each return of short phrases, chanted and all similar; emotional charge accumulates over time. The call is persistent; no response comes. The heavy scansion borders on the unbearable.

With Gebet (prayer in German), Raskatov examines prayer from a different angle. Time is more linear, even if it is sometimes punctuated by dramatic ruptures, and suggests communication through grand nostalgic lyricism, fraught with reminiscences of another age. In Et exspecto resurrectionem mortuorum, Messiaen professed full and serene faith in Resurrection after the Final Judgment. His means are rich and sumptuous, but time is organized with extreme simplicity and a great force of conviction. The repetition of large formal blocks effaces the progression of time and suggests the stasis of eternity.

Rituals of Orthodox, Kaddish, Jewish, Catholic, or pagan origins: the tongues and musical languages may differ, but their manipulation of Chronos suggests more similarities than differences.

The second part of the program offers much more emphatic contrasts. After a detour through the expanded time of Thomas Adès’s idyllic and mythic L’Arcadiana follow three works of extreme density: Baril’s L’indocile and Webern’s Op. 9 Bagatelles and Op. 28 Quartet. Baril superimposes several “musical paths” that combine to radiate a strong dose of energy seemingly in several directions at once. Their interaction, however, short circuits linear temporal progression: time “advances in reverse.” Webern’s two works for string quartet represent the composer’s paragon of concision: each note weighs heavily with ramification, its connection to the whole disciplined by a redoubtably and admirably rigorous network of relationships. While Scelsi and Ustvolskaya like to guide listeners through the details of their sonic universes, leading them step by step in “real time,” so to speak, Webern urges us to a state of immense concentration that is almost “non-temporal,” the memory obliged to constantly reach backwards and then return to the present to evaluate the information it is receiving. Ideally, one should listen to a few minutes of Webern, pause in silence, and then listen once again to the same works. And follow this up with a long silence. I don’t know if it would be possible to create such conditions in a concert hall!

Raskatov returns to close the evening with a work bearing the virtue of magical suspension: Xenia. The progress of time in this work is often based upon a principle of slow “accumulation” or “stripping away.” The metaphorical Xenia seems to slowly materialize then fade away in various avatars. Time is no longer measured but “felt.” Chronos should loosen his grip after such an evening…

Day V, Friday March 6
The Vernacular, the Mystical, the Abstract

Three conceptions of time meet on Day V:
The time of a consumer society (the vernacular inspired by Heavy Metal), mystical time (Scelsi), and the time of abstract objectivity (Feldman).

Sean Ferguson describes the Heavy Metal Project very nicely in his introductory notes that appear in this program. It addresses the complex relationship between so-called popular music and contemporary concert music. From a conceptual point of view, and that of the perception of time, we might imagine a looking glass. The same reality is seen now through one end, now through the other. Pop music presupposes very short portions of time and seems “glued” to the immediate present, which nicely explains the high turnover among songs and singer-stars. Of course we might also take into account the target audience of commercial pop and its “volatility” at the “ideal” age of 12. It might be argued that pop is aimed at a much wider audience than the 10-15 year old crowd, but we might suppose that there exists a theoretical “virtual” age and that it is projected onto the entire pop audience, regardless of their actual ages; this seems to be a fundamental assumption of marketing in a pure consumer society. Whatever the case—and for better or worse—contemporary concert music tends to see the world from the other side of the looking glass. It thus sees broader temporal swaths and favours—consciously or not—diachronic conjunctions (those that cross the ages) rather than synchronous ones (anchored above all in the immediate present). From this perspective, we may see just how wide the aperture of Jean Lesage’s looking glass might be, for example. All of this, of course, is just a gross simplification but all the same suggests an angle of approach.

I have always found it interesting to follow the series of associations and filiations that my colleagues Don McLean and Sandy Pearlman have proposed between Anton Bruckner and Heavy Metal. An important issue would be to determine at what level of the music’s temporal structure these parallels lie. That the power chord of the highly distorted Heavy Metal guitar (among other aspects of its syntax) might derive from Bruckner seems entirely plausible; this suggests the view from one side of the looking glass. But if we turn the looking glass around and consider the temporal aspect of Bruckner’s works, the ways in which they manipulate Chronos, things look very different: it seems thinkable that Giacinto Scelsi would be closer to the spirit of Bruckner. But this is just speculation, of course!

It will be fascinating to hear the voices of David Adamcyk, Eliot Britton, and Sean Ferguson in relation to this subject, surrounding the Wagnerian (the master of expanded time…) performance of Gary Lucas which proceeds “in reverse” that is: a guitar adaptation (or better, “reconstruction”) based solely on hearing the music rather than performing form the score. That popular music of all ages has meaningfully inspired so-called concert music is an evident fact, but this form of “cross fertilization” as practiced by Gary Lucas is distinctly particular…and fits in strangely well in a week dedicated to exploring the nature of Chronos!

With Scelsi’s Uaxuctum, one has the occasion to draw—or not, depending on one’s mood—links between his thought and Bruckner’s. I recall my first live hearing of this work at its premiere at Radio Cologne in 1987. What a shock!pictureBeyond the references to the mysticism of the Mayas and the possibility that Scelsi himself might be seen as a sort of Chilam (grand priest), the music possesses an uncommon force of expression; this owes in large part to the manner in which it deals with Chronos! Time is slowly set in motion, sonic space gradually begins to vibrate, the texture intensifies with repetition and the accumulation of a few privileged pitches and embryonic melodies that appear only to soon fade out. The texture accumulates tension and is sometimes sliced by rough accents followed by held notes or pregnant silence. All of this contributes to the impression of an “archaic time”; so too do the voices, which suggest a ritual world in an a-semantic language between breath and noise, guttaral explosions and song in micro-intervals: a world in which magical forces seem to stir in timeless landscapes…recalling Varèse’s Arcana.

After this vibrating monument to subjective and highly connotative time, we are invited to a different ritual altogether: that celebrating the pure forms and plastic objectivity of Morton Feldman’s Patterns in a Chromatic Field. We are dealing here with a very “gentle” treatment of time. Feldman contents himself by setting in gentle motion modules that he combines and recombines over the course of the work. We are dealing here with a very distanced Chronos, a Chronos almost immutable, without desire or passion, a Chronos that lightly alters repetitions, perhaps so we do not forget him altogether.

Day VI, Saturday March 7
From the East to the West

“And on the final day…”

On this final day, we shall hear other, more “extreme” works by Raskatov, the tones of which increasingly approach the sacred. Scelsi’s Kya gives the impression of a hybrid time, at the crossroads of the Orient and the Occident, and it is there, in his residence in Rome, that Giacinto Scelsi, count of d’Ayala Valva, resided. While employing the most refined of western instrumental techniques, the spirit of Kya is “elsewhere”: it is closer to the music of the Indian Nadaswaram (like a large oboe played in pairs) and its incantatory cycles than to any sort of Occidental model. It is perhaps from here that comes the idea of constantly doubling—or better, colouring in a thousand and one shades—a clarinet melody that spans the entire work. Without being long itself, Kya suggests a timeless ceremony. We perhaps only get a glimpse of a grand cycle…an “open” time.

Two hard and pure gems by Webern, Satz and the Trio op. 20, along with Feria’s Vignettes, offer striking contrast.

To end the journey, let us set course for the west, closer to home, as John Adams takes the stage to conduct his Son of Chamber Symphony. The term “minimalist” has been much abused, being applied to many American composers of Adams’s generation. The term only poorly takes account of the great stylistic diversity between nearly “mystic” composers like La Monte Young or Terry Riley, other more “contemplative” figures such as Morton Feldman, and still others, adepts of the “collective communal trance” like Philip Glass and Steve Reich in their first period.

The terms “minimal music” and “repetitive music” shed very little light on these works that share certain methods and a temporality based upon repetition and large-scale transformational processes. For Ustvolskaya, Raskatov, and even Scelsi and Messiaen share certain of these techniques but cultivate them in highly individual ways. The repetitive swaths of Ustvolskaya, for example, are often imprinted with a poignant fatalism, while those of Raskatov suggest the hazy redundancy of a nostalgic dream, a reference to an idealized lost age.

Symbols of wandering, of psychological and perhaps physical exile… But for Adams, repetitive processes reflect another reality. In the span of two decades, his oeuvre became for his American contemporaries a symbol, and this explains his great popularity, for his culture “recognizes” itself in it. Adams shares this honour with a very few of his most illustrious predecessors, of which Aaron Copland is certainly the most eminent. Time is certainly organized differently in New-World America than it is in Europe, and more still than in old Russia. Perception has been disciplined by the sound-byte culture of the media and trepidations of urban life and its constant forward drive, a symbol of mobility and of a very specific vision of progress. The music of John Adams mirrors it clearly, in a bright, intelligent, and perfectly comprehensible manner, just as the immense walls of glass that form the exterior surfaces of the buildings in large cities mutually reflect the image of America. And it is no small feat to have managed to make Chronos dance like that!

This fifth edition of MusiMars is the fruit of an extraordinary collaboration with a very large number of young musicians as well as a number of colleagues and friends from the Schulich School of Music. It is wonderful and stimulating to see such a range of musicians united under a common purpose!

A whole-hearted thanks to our invited guests, performers, composers, lecturers and collaborators for their generosity and openness.

Also, a deeply felt ‘thank you’ to our devoted, attentive and highly inventive team at the Office of Concerts and Publicity.

Thanks to you, the public, for sharing in our conviction that music can contribute not only to our perception of the world but also to the ways in which we apprehend and work through the multiple avatars of Chronos!

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À très bientôt,
Very sincerely,
Denys Bouliane
Denys Bouliane